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	<title>Dissertations de philosophie</title>
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	<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce site propose des corrig&#233;s de dissertation de philosophie. Les sujets sont consultables &#224; la rubrique &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.philozophie.net/spip.php?rubrique1&quot; class=&quot;spip_in&quot;&gt;Dissertations&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. L'acc&#232;s aux dissertations est payant. La somme est modique, entre 4 et 6 euros, payable par audiotel ou sms. Il vous sera demand&#233; 2 codes. Cela est n&#233;cessaire pour que ce site puisse vivre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les corrig&#233;s sont fait par un professeur de philosophie. Ils sont donc conformes &#224; ce qui est attendu d'un &#233;l&#232;ve de terminale. Utilisez-les pour progresser, pas pour tricher. Dites-vous bien que le jour de l'&#233;preuve, vous serez seul(e) face &#224; votre copie.&lt;/p&gt;</description>
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		<title>Faut-il pr&#233;f&#233;rer le bonheur &#224; la v&#233;rit&#233; ?</title>
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		<description>On dit parfois que seule la v&#233;rit&#233; blesse et qu'il n'est pas toujours bon de la dire. Elle para&#238;t donc parfois contraire au bonheur. Pourtant on rencontre l'exigence de v&#233;rit&#233; non seulement en sciences ou dans la justice, mais dans les relations sociales m&#234;me la sinc&#233;rit&#233; est valoris&#233;e. On peut donc se demander s'il faut pr&#233;f&#233;rer le bonheur ou la v&#233;rit&#233;. Mais cela voudrait dire qu'il serait possible de vivre heureux dans le mensonge ou l'ignorance. Si on peut parler d'insouciance dans ce cas-l&#224;, est-ce (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On dit parfois que seule la v&#233;rit&#233; blesse et qu'il n'est pas toujours bon de la dire. Elle para&#238;t donc parfois contraire au bonheur. Pourtant on rencontre l'exigence de v&#233;rit&#233; non seulement en sciences ou dans la justice, mais dans les relations sociales m&#234;me la sinc&#233;rit&#233; est valoris&#233;e. On peut donc se demander s'il faut pr&#233;f&#233;rer le bonheur ou la v&#233;rit&#233;. Mais cela voudrait dire qu'il serait possible de vivre heureux dans le mensonge ou l'ignorance. Si on peut parler d'insouciance dans ce cas-l&#224;, est-ce pour autant un v&#233;ritable bonheur, un bonheur humain ? Nous traiterons ce probl&#232;me en voyant dans un premier temps qu'il est possible d'&#234;tre heureux sans conna&#238;tre la v&#233;rit&#233;. Puis que ce bonheur l&#224; est illusoire. Enfin nous dirons que le bonheur humain est le but ultime de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il convient tout d'abord de dire que le bonheur est un &#233;tat d'esprit. On est heureux lorsqu'on se sent heureux. Peu importe que l'on soit pauvre ou malade, si on pense &#234;tre heureux, on l'est. Il est d'ailleurs &#224; remarquer qu'&#224; l'inverse, on peut &#234;tre riche et bien portant tout en &#233;tant malheureux. Le d&#233;pressif ne doit pas son &#233;tat &#224; des circonstances ext&#233;rieures mais &#224; son &#233;tat psychologique. Ainsi, une femme tromp&#233;e par son conjoint, tant qu'elle l'ignore, peut &#234;tre heureuse. C'est la connaissance de la v&#233;rit&#233; qui pourra contrarier ce bonheur. Ce qui montre que ce n'est pas tant la tromperie qui rend malheureux que sa connaissance. Il est d'ailleurs des couples libertins dans lesquels la fid&#233;lit&#233; sexuelle n'est pas n&#233;cessaire au bonheur des conjoints. Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir en sont un exemple c&#233;l&#232;bre, qui avaient d&#233;cid&#233; que ce qu'ils appelaient les &#171; amours contingentes &#187; ne mettraient pas d'obstacle &#224; leur bonheur conjugal.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Beati pauperi...&lt;/i&gt;, heureux les pauvres d'esprit nous dit l'&#201;vangile. Bien que cela soit ill&#233;gitime, la sagesse populaire a tendance &#224; traduire cette sentence en &#171; imb&#233;ciles heureux &#187;. Elle consid&#232;re donc que l'ignorant est heureux. Et cela ne manque pas de raison. En effet si l'on ignore sa condition, si l'on ignore m&#234;me que l'on est ignorant, alors rien ne vient troubler notre esprit et on peut dire que l'on est heureux. Socrate estime que c'est ce qui est g&#234;nant dans l'ignorance : on sait m&#234;me pas qu'on ignore et on recherche donc pas la v&#233;rit&#233;. Mais qu'importe ? L'ignorant est heureux, cela ne lui suffit-il pas ? Que choisirions-nous, une ignorance heureuse ou &#234;tre savant mais malheureux ? La civilisation moderne tend &#224; voir dispara&#238;tre la figure de l'idiot du village. Les villageois se moquaient de lui, et c'&#233;tait sans doute l&#224; une de ses fonctions sociales, permettre &#224; ses concitoyens de se trouver sup&#233;rieur &#224; quelqu'un. En &#233;tait-il malheureux ? Assur&#233;ment pas, en tout cas bien moins que ses moqueurs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un signe que nous pr&#233;f&#233;rerions le bonheur et l'ignorance &#224; la v&#233;rit&#233; est la nostalgie de l'enfance. L'enfant est ignorant mais il est aussi heureux car sans soucis, litt&#233;ralement &#171; insouciant &#187;. La nostalgie que nous &#233;prouvons de cette &#233;poque est la nostalgie de ce bonheur de l'ignorance. Que faut-il au bonheur de l'enfant ? Un toit, une assiette et des jeux. Contemplons le sourire b&#233;at du nourrisson qui vient de t&#233;ter : il est repus ; sa m&#232;re le change, il est propre ; le sommeil l'envahit ; il est heureux. Que ne voudrions-nous &#234;tre comme lui. L'avanc&#233;e vers l'&#226;ge adulte apporte certes le savoir, la connaissance, mais &#224; quel prix ? L'ennui &#224; l'&#233;cole, l'effort pour apprendre, puis les soucis de la vie quotidienne : travail, argent, relations sociales, etc. Quelque soit sa situation sociale, un adulte consid&#233;rera toujours qu'un b&#233;b&#233; est plus heureux que lui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cependant ce bonheur n'existe que si l'enfant est entour&#233; d'une famille aimante et attentionn&#233;e. Assur&#233;ment l'enfant battu n'est pas heureux. Quel est donc ce bonheur si d&#233;pendant de l'ext&#233;rieur alors que nous avions vu qu'il n'en d&#233;pendait pas ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le bonheur de l'enfant est semblable &#224; celui de l'animal. Il ne conna&#238;t pas sa condition, certes, mais il d&#233;pendent compl&#232;tement des conditions ext&#233;rieures pour se sentir bien. Ce n'est pas un &#234;tre libre et il est difficile de consid&#233;rer un tel &#234;tre comme heureux. C'est que, plus que de bonheur, il s'agit d'insouciance. L'enfant, comme l'animal, n'a pas de soucis. Non qu'il n'ait pas de besoin, mais la satisfaction de ces besoins ne d&#233;pend pas de lui. Il n'a pas le pouvoir de les satisfaire, donc pas le soucis de le faire, mais, du coup, son bien-&#234;tre est enti&#232;rement &#224; la merci d'autrui ou de la nature. Il n'en a pas conscience, ce qui fait qu'il ne peut &#234;tre malheureux lorsque le besoin ne se fait pas sentir, mais il le devient lorsqu'il survient et ne peut rien faire pour y rem&#233;dier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette insouciance est interdite &#224; l'homme. L'enfant n'est pas encore homme, mais il le deviendra, c'est sa fin. L'homme est conscient. C'est l&#224; sa caract&#233;ristique et, semble-t-il, son malheur. Conscient de sa finitude, de sa mortalit&#233;. &#201;picure, dans sa &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lettre &#224; M&#233;n&#233;c&#233;&lt;/i&gt;e, donne comme un des rem&#232;de pour le bonheur de ne pas craindre la mort. Mais cela signifie que nous sommes conscient de la mort et que cela nous peine. Il faut alors un effort pour ne pas la craindre quand l'enfant ne la craint pas naturellement, par ignorance. Et ce que propose &#201;picure, c'est de conna&#238;tre la v&#233;rit&#233; sur la mort afin de ne plus la craindre et d'&#234;tre heureux. Pour l'homme, la v&#233;rit&#233; est donc une condition du bonheur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On pourrait penser qu'il est possible de retrouver l'insouciance de l'enfance en mentant ou en se mentant. Mais, d'une part, mentir &#224; autrui est toujours illusoire. La v&#233;rit&#233; finit toujours par &#234;tre connue, soit que l'on se contredise, soit qu'elle arrive par la bouche d'une autre personne. Ainsi un conjoint tromp&#233; l'apprendra soit par l'incoh&#233;rence des mensonge de l'autre (la coh&#233;rence dans le mensonge est tr&#232;s difficile) soit par le t&#233;moignage d'un ami. Et si ce conjoint tromp&#233; pr&#233;f&#232;re se mentir pour rester dans le bonheur, outre que ce bonheur est illusoire, la v&#233;rit&#233; tentera de faire retour dans la conscience. C'est le m&#233;canisme du retour du refoul&#233; que d&#233;crit Freud. Ce qui est refoul&#233; dans l'inconscient tente de ressurgir &#224; la conscience sous des formes d&#233;guis&#233;es, ce qui se fait sous la forme de n&#233;vrose. Et on ne peut consid&#233;rer qu'un n&#233;vros&#233; et heureux. Le mensonge ne permet donc pas le bonheur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La connaissance de ce que l'on doit faire permet de faire son devoir. Et cet accomplissement apporte de la satisfaction. La v&#233;rit&#233; nous concernant, concernant notre vie, nos actions, pour peu que celles-ci soient conformes &#224; ce qui nous para&#238;t vrai, apporte donc le bonheur alors que le mensonge, nous l'avons vu, ne peut que l'abolir. Que ce soit dans son travail ou dans nos relations sociales (amiti&#233;, amour, etc.) seule une vie conforme &#224; la v&#233;rit&#233; de ce que nous croyons, &#224; notre morale, permet le bonheur. Et il importe peu que nos intentions lorsque nous agissons, soient conformes &#224; ce que nous attendions. Nous aidons quelqu'un parce que nous estimons devoir le faire. Celui-ci ne nous en est pas reconnaissant, pour autant nous sommes satisfaits de l'avoir fait. C'est donc bien ce que nous faisons et nous le r&#233;sultat de ce que nous faisons qui nous apporte le bonheur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le fait que la v&#233;rit&#233; apporte le bonheur est illustr&#233; par l'ascension vers le beau que d&#233;crit Socrate, par la voix de Diotime, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Banquet&lt;/i&gt;. Gr&#226;ce &#224; son amoureux, l'aim&#233; s'&#233;l&#232;ve peu &#224; peu vers des connaissances plus hautes : art, science et finalement contemplation du beau. Plus il s'&#233;l&#232;ve dans la dignit&#233; des connaissances, plus cela lui apporte de bonheur. Jusqu'&#224; la v&#233;rit&#233; supr&#234;me qui est la vision de l'id&#233;e de beau qui apporte le bonheur le plus grand. Car, contemplant une v&#233;rit&#233; qui n'est pas de ce monde, qui est parfaite en tous points et immortelle, nous acc&#233;dons nous-m&#234;mes &#224; cet &#233;tat qui est celui des dieux. En effet, comme le dit Platon, les hommes qui aiment sont entre l'ignorance totale, celle que nous avons attribu&#233;e aux enfants et aux animaux, et la connaissance totale, qui est celle des dieux. Ceux-ci sont bienheureux, heureux dans l'&#233;ternit&#233;. Et l'amour nous permet en quelque sorte d'acc&#233;der &#224; cet &#233;tat. Et m&#234;me si nous n'y sommes pas, les &#233;tats interm&#233;diaires apportent aussi un vrai bonheur bien qu'imparfait. Certes, la possession d'un tel bonheur interm&#233;diaire nous donne le d&#233;sir du bonheur suivant. Mais ce d&#233;sir n'est pas douloureux car nous poss&#233;dons le bonheur pr&#233;c&#233;dent. Dans cette optique, c'est donc bien la v&#233;rit&#233;, La V&#233;rit&#233; pourrions-nous &#233;crire, qui apporte Le Bonheur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais peut-&#234;tre cette v&#233;rit&#233; supr&#234;me n'existe-t-elle pas. Ou, si elle existe, n'est-elle pas accessible. Sa recherche vaine pourrait alors entra&#238;ner de la douleur et faire tomber dans le malheur. Mais, d'une part, on constate que la recherche de la v&#233;rit&#233;, m&#234;me quand elle nous &#233;chappe est un bonheur pour l'homme. Comme le disait Leo Strauss dans Droit naturel et histoire, la recherche de la v&#233;rit&#233; suffit &#224; l'homme, parfois plus que sa possession. C'est pour cela que les scientifiques ne s'arr&#234;tent jamais de chercher. D&#232;s qu'une recherche aboutit, ils se lancent dans une autre. D'autre part, la connaissance de l'impossibilit&#233; de cette v&#233;rit&#233; devient alors la v&#233;rit&#233; supr&#234;me. Si on l'atteint, alors l'esprit ne peut qu'&#234;tre en paix et l'homme heureux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons vu que, bien que l'opinion commune pense que le bonheur peut na&#238;tre de l'ignorance, celui-l&#224; ne pouvait qu'&#234;tre illusoire. Finalement seule la v&#233;rit&#233;, quelle qu'elle soit, apporte le bonheur, elle en est m&#234;me une condition n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Peut-on en finir avec les pr&#233;jug&#233;s ?</title>
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		<description>La philosophie, n&#233;e avec Socrate, cherche &#224; supprimer les pr&#233;jug&#233;s en traitant toute question de mani&#232;re rationnelle. Le pr&#233;jug&#233; dispara&#238;t alors au profit de l'id&#233;e vraie, capable de justifier de sa v&#233;rit&#233;. Il semble donc possible d'en finir avec les pr&#233;jug&#233;s. Cependant depuis deux-mille-cinq-cent ans de philosophie, on constate la persistance de ces pr&#233;jug&#233;s, m&#234;me dans les pays, comme la France, o&#249; toute personne poursuivant des &#233;tudes secondaires re&#231;oit un enseignement de philosophie. Pire m&#234;me, des (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La philosophie, n&#233;e avec Socrate, cherche &#224; supprimer les pr&#233;jug&#233;s en traitant toute question de mani&#232;re rationnelle. Le pr&#233;jug&#233; dispara&#238;t alors au profit de l'id&#233;e vraie, capable de justifier de sa v&#233;rit&#233;. Il semble donc possible d'en finir avec les pr&#233;jug&#233;s. Cependant depuis deux-mille-cinq-cent ans de philosophie, on constate la persistance de ces pr&#233;jug&#233;s, m&#234;me dans les pays, comme la France, o&#249; toute personne poursuivant des &#233;tudes secondaires re&#231;oit un enseignement de philosophie. Pire m&#234;me, des philosophes et non des moindres peuvent &#234;tre victimes de pr&#233;jug&#233;s. Pour comprendre ce paradoxe, il convient sans doute de s'int&#233;resser &#224; l'&#233;tymologie de &#171; pr&#233;jug&#233;s &#187;. Celui-ci est une id&#233;e &#233;mise avant tout jugement. Mais tout jugement n'est-il pas pr&#233;c&#233;d&#233; d'un pr&#233;-jugement ? On peut alors se demander si le pr&#233;jug&#233; n'est pas le pr&#233;alable n&#233;cessaire au jugement et donc &#224; la sortie du pr&#233;jug&#233;. Pour traiter ce probl&#232;me, nous verrons dans un premier temps que la pratique de la philosophie permet de se d&#233;barrasser des pr&#233;jug&#233;s. Puis nous constaterons que le pr&#233;jug&#233; persiste malgr&#233; la philosophie. Enfin nous conclurons en montrant que le pr&#233;jug&#233; est n&#233;cessaire &#224; l'exercice de la pens&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lorsque Socrate entame son enqu&#234;te aupr&#232;s des Ath&#233;niens, suite &#224; l'oracle de Delphes, quel est son objectif ? V&#233;rifier qu'il n'est pas l'homme le plus savant du monde en en trouvant un qui le soit plus que lui. Mais il n'en trouve pas. Il se rend alors compte que ses concitoyens sont victimes d'un pr&#233;jug&#233; : croire que l'on sait quand on ne sait pas. C'est l&#224; un pr&#233;jug&#233; dont lui-m&#234;me est n'est pas victime puisqu'il r&#233;p&#232;te &#224; l'envie que tout ce qu'il sait, c'est qu'il ne sait rien. Il va alors s'employer &#224; lib&#233;rer les Ath&#233;niens de ce pr&#233;jug&#233;. Celui-ci appara&#238;t comme fondamental, car source de tous les autres pr&#233;jug&#233;s. Car au fond, qu'est-ce qu'un pr&#233;jug&#233; sinon l'illusion de savoir alors qu'en fait on ne sait pas. L'exemple de Socrate para&#238;t une preuve de la possibilit&#233; d'en finir avec les pr&#233;jug&#233;s. Lui-m&#234;me s'en est lib&#233;rer et ses disciples, notamment Platon, s'en sont lib&#233;rer gr&#226;ce &#224; la pratique de la philosophie. La philosophie, c'est-&#224;-dire la pratique de la r&#233;flexion, l'examen par la raison de ce qui se pr&#233;sente &#224; notre esprit, permet en effet de faire dispara&#238;tre le pr&#233;jug&#233;. En interrogeant les fondements de ses croyances, le philosophe peut en examiner la pertinence. De ce fait ce qui &#233;tait pr&#233;jug&#233; dispara&#238;t ou se transforme pour devenir id&#233;e vraies, id&#233;e capable de justifier de sa v&#233;rit&#233;. Il peut arriver que ce faisant, comme Socrate ou les sceptiques, le philosophe en arrive &#224; conclure qu'il ne sait rien voire qu'il est impossible de savoir quoi que ce soit. Il n'en reste pas moins que cet exercice est salutaire en ce qu'il nous purge de l'illusion. Savoir qu'on ne sait rien est d&#233;j&#224; savoir quelque chose. Et, comme le dira Descarte, s'il n'est peut-&#234;tre pas possible de conna&#238;tre, au moins est-il possible de ne pas &#234;tre dans l'erreur. Cet examen philosophique peut aller jusqu'au fondement m&#234;me de notre processus de pens&#233;e. Kant, dans la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt; fait ce travail critique sur les bases de la raison. Ce faisant il nous permet de distinguer ce qui peut &#234;tre l'objet de connaissance et ce qui, sans &#234;tre su, peut &#234;tre pens&#233;. &#171; Je dus abolir le savoir pour faire une place &#224; la croyance &#187; nous dit-il. Voulant dire par l&#224; que ce qui n'est pas susceptible de savoir est le domaine de la croyance, c'est-&#224;-dire de la conviction sans preuve. Il retrouve ainsi ce que disait Pascal de Dieu : sensible au coeur, pas &#224; la raison. Ne retombe-t-on pas alors dans le pr&#233;jug&#233; ? Non, car cette croyance sait alors qu'elle est croyance et ne se prend pas pour une connaissance. Ce n'est pas la croyance en Dieu, ou en la libert&#233; de l'homme, en soi qui est pr&#233;jug&#233; ; c'est lorsque cette croyance pr&#233;tend &#234;tre connaissance, certitude au m&#234;me titre qu'une connaissance scientifique, qu'il y a pr&#233;jug&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il semble donc bien que la pratique de la philosophie permette d'en finir avec les pr&#233;jug&#233;s. cependant force est de constater la persistence des pr&#233;jug&#233;s aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette persistence n'est pas seulement le fait de non-philosophes. En France, depuis des d&#233;cennies, la philosophie est enseign&#233;e &#224; tout &#233;l&#232;ve de terminale. On pourrait donc penser que chez ceux au moins qui ont suivi cet enseignement le pr&#233;jug&#233; disparaisse. &#192; l'&#233;vidence, nous constatons que ce n'est pas le cas. Mais, pourrait-on objecter, le fait d'avoir suivi un enseignement de philosophie ne suffit pas &#224; nous transformer en philosophe. Outre que la r&#233;ception de la m&#233;thode philosophique ne se fait pas n&#233;cessairement en quelques heures par semaines pendant neuf mois, la vie quotidienne peut nous &#233;loigner de sa pratique. On ne pense pas &#224; chaque instant. La r&#233;flexion demande des efforts que nous ne sommes pas toujours pr&#234;ts &#224; faire et ces efforts ne peuvent &#234;tre maintenus constamment. Mais ce qui est vrai des titulaires du baccalaur&#233;at ne l'est pas moins des philosophes de profession et non des moindres. En effet il y a bien des exemples de philosophes qui ont succomb&#233; au pr&#233;jug&#233;. Heidegger adh&#233;rant au parti Nazi, Sartre soutenant le mao&#239;sme, sont des exemples c&#233;l&#232;bres et frappants. Ils semblent remettre en cause la pertinence de la philosophie pour &#233;radiquer les pr&#233;jug&#233;s. Cela tient-il &#224; la philosophie ou aux philosophes en tant qu'hommes ? C'est-&#224;-dire : le fait d'&#234;tre homme pr&#233;disposerait-il au pr&#233;jug&#233; quand bien m&#234;me on serait philosophe ou y a-t-il dans la philosophie, dans le fait de penser, une n&#233;cessit&#233; du pr&#233;jug&#233; ?Peut-&#234;tre l'&#233;tymologie de &#171; pr&#233;jug&#233; &#187; peut nous fournir une piste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le pr&#233;jug&#233;, c'est l'id&#233;e existant avant tout jugement. Comme l'opinion, dont il est proche, il ne peut justifier de sa v&#233;rit&#233;. Philosopher, c'est penser, autrement dit juger. La troisi&#232;me critique de Kant s'intitule &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Critique de la facult&#233; de juger&lt;/i&gt;. Venant apr&#232;s la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt; et la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Critique de la raison pratique&lt;/i&gt;, elle signifie bien que le jugement est une caract&#233;ristique de la pens&#233;e. Lorsqu'on juge que fait-on ? On examine une id&#233;e, on la critique pour en conna&#238;tre les fondements et les caract&#233;ristiques. Enfin on se prononce sur sa v&#233;rit&#233;. Mais cette id&#233;e que l'on examine, qu'elle est son statut ? C'est une id&#233;e qui n'a pas encore &#233;t&#233; jug&#233;e, c'est donc un pr&#233;jug&#233; au sens propre. Il faut bien, si l'on veut juger, que cette premi&#232;re id&#233;e se pr&#233;sente &#224; nous. Il faut donc bien, si l'on veut penser, qu'existe pr&#233;alablement un pr&#233;jug&#233;. Or la philosophie, la pens&#233;e, ne peut s'arr&#234;ter. Elle ne s'arr&#234;te qu'avec la mort. Tant qu'il existera des hommes il y aura donc de la pens&#233;e et donc du pr&#233;jug&#233;. Bien entendu ; il ne s'agit pas des m&#234;mes pr&#233;jug&#233;s. Le travail du philosophe permet d'abolir le statut de pr&#233;jug&#233; de l'id&#233;e de d&#233;part, voire de la r&#233;futer et donc de supprimer le pr&#233;jug&#233;. Mais un nouveau pr&#233;jug&#233; prend la place de l'ancien pour que la pens&#233;e puisse continuer. On peut donc dire que si la philosophie d&#233;truit les pr&#233;jug&#233;s, ce travail est &#224; refaire continuellement. Comme Sysiphe avec son rocher, constamment le philosophe reprend des pr&#233;jug&#233;s, parfois les m&#234;mes lorsqu'ils renaissent sous un masque plus ou moins nouveau, le plus souvent de nouveaux. Comme le remarque Platon dans &#171; Le Banquet &#187;, les dieux ne philosophent pas car ils ont le savoir. Chez eux donc pas de pr&#233;jug&#233;s puisque pas de philosophie qui est la recherche du savoir qu'on ne poss&#232;de pas. autant dire que le pr&#233;jug&#233; rena&#238;tra, comme le phoenix, constamment de ses cendres, que la philosophie le d&#233;truira constamment, tant que les hommes ne seront pas des dieux. Si les hommes ont parfois le sentiment d'en &#234;tre ou du moins d'en approcher, c'est une illusion, un pr&#233;jug&#233; qu'il faut r&#233;futer. Pr&#233;jug&#233; ancien et toujours nouveau, c'est la dimension prom&#233;th&#233;enne de l'homme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Apr&#232;s avoir vu que la philosophie peut abolir les pr&#233;jug&#233;s, nous nous sommes &#233;tonn&#233;s de la persistance de ceux-ci jusque chez les philosophes. La raison nous en est apparu, c'est que le pr&#233;jug&#233;, en tant que pr&#233;-jugement, est n&#233;cessaire &#224; la pens&#233;e. Si la philosophie d&#233;truit les pr&#233;jug&#233;s, elle ne peut emp&#234;cher leur r&#233;apparition constante, c'est la condition m&#234;me de son existence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les oeuvres d'art sont-elles des r&#233;alit&#233;s commes les autres ?</title>
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		<description>La question peut sembler &#233;trange. La r&#233;alit&#233; est ce qui nous entoure. tout objet en fait partie. Les &#339;uvres d'art comme les autres. Cependant, si nous pouvons &#234;tre touch&#233;s par le spectacle de la nature ou d'un objet technique bien r&#233;alis&#233;, toute &#339;uvre artistique suscite en nous une &#233;motion particuli&#232;re. Nous sentons bien, face &#224; elle, que quelque chose de particulier se passe. Cette particularit&#233; est-elle r&#233;v&#233;latrice d'une dignit&#233; plus grande de l'&#339;uvre d'art ? Plus pr&#233;cis&#233;ment, la perception que (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question peut sembler &#233;trange. La r&#233;alit&#233; est ce qui nous entoure. tout objet en fait partie. Les &#339;uvres d'art comme les autres. Cependant, si nous pouvons &#234;tre touch&#233;s par le spectacle de la nature ou d'un objet technique bien r&#233;alis&#233;, toute &#339;uvre artistique suscite en nous une &#233;motion particuli&#232;re. Nous sentons bien, face &#224; elle, que quelque chose de particulier se passe. Cette particularit&#233; est-elle r&#233;v&#233;latrice d'une dignit&#233; plus grande de l'&#339;uvre d'art ? Plus pr&#233;cis&#233;ment, la perception que l'artiste nous transmet &#224; travers cette &#339;uvre ne nous fait-elle pas acc&#233;der &#224; quelque chose de diff&#233;rent par rapport &#224; la r&#233;alit&#233; &#224; laquelle nous acc&#233;dons par les autres objets ? Nous traiterons ce probl&#232;me en examinant, dans un premier temps, la distinction traditionnelle entre les produits de la nature (phusis) et ceux de la technique (techn&#233;). Puis nous nous interrogerons sur ce que nous nommons r&#233;alit&#233;. Enfin nous verrons que les &#339;uvres d'art nous font acc&#233;der &#224; une r&#233;alit&#233; transcendante.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis les grecs, et plus particuli&#232;rement Aristote, on distingue de qui est phusis, naturel, de ce qui est techn&#233;, fabriqu&#233; par l'homme. Les objets naturels ne rec&#232;lent aucune intention. Que ces objets appartiennent au monde min&#233;ral ou au monde vivant, ils proviennent de ph&#233;nom&#232;nes naturels, ne sont pas faits par l'homme et, s'ils ont une utilit&#233; pour celui-ci, leur essence ne r&#233;side pas dans cette utilit&#233;. Ils constituent ce que Hannah Arendt appelle la nature, par opposition au monde humain que constitue les oeuvres de l'homme, et qui est le milieu dans lequel nous &#233;voluons en tant qu'&#234;tre naturels. Mais les &#339;uvres que l'homme fait peuvent &#234;tre divis&#233;es en deux cat&#233;gories : celles qui proviennent de la technique et celles qui proviennent de l'art. Celles-l&#224; ont une vis&#233;e utilitaire, celles-ci n'en ont pas et, en premi&#232;re analyse, n'ont d'autre intention que de susciter une &#233;motion chez le spectateur. Si les deux types d'&#339;uvres constituent un monde proprement humain, puisque fabriqu&#233;es par l'homme et portant donc sa marque o&#249; il se reconna&#238;t, les &#339;uvres d'art le font de mani&#232;re plus grande. En effet, comme le note Hannah Arendt, ces &#339;uvres n'&#233;tant pas destin&#233;es &#224; &#234;tre utilis&#233;es, elles ne s'usent pas et peuvent donc atteindre une long&#233;vit&#233; tr&#232;s grande. Ainsi l'homme arrive-t-il dans un monde qui lui pr&#233;existe et qui lui survivra. Ce qui donne &#224; ce monde une apparence d'immortalit&#233;. Nous constatons donc que les &#339;uvres d'art sont bien des r&#233;alit&#233;s particuli&#232;res, diff&#233;rentes des objets naturels et de ceux produits par la technique. Cependant ces derniers sont aussi particuliers. Chacune de ces cat&#233;gories a ses particularit&#233; qui les distingue des autres. Ont ne peut donc pas dire que les &#339;uvres d'art sont des r&#233;alit&#233;s diff&#233;rentes des autres, leurs caract&#233;ristiques sont diff&#233;rentes, mais comme les autres r&#233;alit&#233;s. Mais peut-&#234;tre faut-il se demander ce que l'on entend par &#171; r&#233;alit&#233; &#187; : les effets des oeuvres d'art sur la r&#233;alit&#233; seraient-ils diff&#233;rents des effets des autres objets ? Si nous y r&#233;fl&#233;chissons, la r&#233;alit&#233;, c'est ce que nous percevons par nos sens. Ce qui est seulement imagin&#233; ou pens&#233; n'est pas r&#233;el. Le r&#234;ve, l'imaginaire, la pens&#233;e, tout cela existe dans notre esprit mais ne constitue pas le r&#233;el. Par contre ce que nous sentons, touchons, voyons, voil&#224; ce que nous appelons r&#233;alit&#233;. Tout cela peut devenir r&#233;el si nous le r&#233;alisons, mais c'est alors en tant que ces choses sont per&#231;ues qu'elles sont r&#233;elles. Tant qu'elles ne le sont pas elle n'existent que dans notre esprit, pas dans la r&#233;alit&#233;. C'est ce qui am&#232;ne Berkeley &#224; dire qu'exister c'est &#234;tre per&#231;u par un esprit et qu'en dehors de la perception rien n'existe, notamment pas la mati&#232;re. Sans aller jusque l&#224; et sans nous prononcer sur la nature de cette r&#233;alit&#233;, nous pouvons dire que le r&#233;el, c'est ce qui est per&#231;u. cela est vrai des &#339;uvres d'art mais pas seulement. Cependant il semble que l'&#339;uvre d'art tisse avec le r&#233;el une relation particuli&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En effet nous pouvons dire qu'une &#339;uvre d'art est &#171; mixte &#187;. C'est-&#224;-dire qu'elle est r&#233;elle mais peut contenir des objets qui ne le sont pas. Les romans, les tableaux mettent en sc&#232;ne des choses imagin&#233;es par l'artiste. Mais elles sont r&#233;alis&#233;es dans l'&#339;uvre. Ces repr&#233;sentations sont ce que l'artiste imagine mais aussi ce qu'il per&#231;oit. Le talent de l'artiste, son g&#233;nie, est de mat&#233;rialiser aux yeux de tous (aux sens de tous conviendrait-il plut&#244;t de dire) ce que celui-ci a per&#231;u et que nous n'avions peut-&#234;tre pas per&#231;u. L'&#339;uvre rend alors manifeste &#224; autrui la r&#233;alit&#233; de l'artiste. Par l&#224; elle devient la r&#233;alit&#233; du spectateur. Un exemple extr&#234;me de cela est l'&#339;uvre de Marcel Duchamp intitul&#233;e &#171; Fontaine &#187;. Il s'agit d'un urinoir que l'artiste, cr&#233;ateur du &#171; ready made &#187;, a retourn&#233; et expos&#233;. Cet objet qui fait partie de notre quotidien, d'une banalit&#233; extr&#234;me, nous ne le regardons pas, nous ne le voyons pas. Le fait de l'exposer comme &#339;uvre d'art nous conduit &#224; le regarder et &#224; y voir autre chose que le simple r&#233;ceptacle de nos mixtions. Nous le voyons comme nous ne l'avions jamais vu et une nouvelle r&#233;alit&#233; nous appara&#238;t. Nous pouvons donc dire que l'&#339;uvre d'art est cr&#233;atrice de r&#233;alit&#233;. Mais la r&#233;alit&#233; qui advient n'est pas simplement ce que nous donne directement &#224; percevoir l'&#339;uvre d'art. Contrairement aux objets naturels et m&#234;me &#224; ceux produit par la technique, l'&#339;uvre d'art est de mani&#232;re &#233;clatante intentionnelle. La nature ne l'est &#233;videmment pas. Bien que l'on puisse consid&#233;rer qu'elle est l'&#339;uvre d'un Cr&#233;ateur, cette conception est seconde, construite par analogie avec les objets de la techn&#233; ou de l'art. Pour celles-l&#224;, si l'intentionnalit&#233; y est pr&#233;sente, elle est recouverte par l'utilit&#233;, l'usage que nous en faisons. Par contre l'&#339;uvre d'art &#233;tant inutile, ce qui appara&#238;t imm&#233;diatement c'est qu'elle est produite intentionnellement par une conscience. C'est l&#224; ce que nous explique Husserl. La conscience est intentionnelle, c'est-&#224;-dire qu'elle se porte volontairement vers ses objets. Et seule la conscience est intentionnelle. Or la seule conscience dont nous soyons certains, par ce que seule nous l'exp&#233;rimentons, est la n&#244;tre. D&#232;s lors pointe la question du solipsisme. Mais l'existence d'&#339;uvres d'art nos permet de savoir que nous ne sommes pas les seuls sujets au monde. ces &#339;uvres, qui ne sont pas produites par moi, ne peuvent &#234;tre la cr&#233;ation que d'une conscience autre. Elles me permettent donc d'acc&#233;der &#224; autrui et rendent r&#233;el un monde humain, peupl&#233; d'alter ego.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et cet aller ego, l'artiste, a du talent. Platon, face au talent, estimait que celui-ci &#233;tait en fait le r&#233;sultat de la possession de l'artiste par un dieu. Il manifestait ainsi le caract&#232;re myst&#233;rieux et quasi surnaturel du talent. Kant, parlant du g&#233;nie comme d'une r&#232;gle que se donne la nature (formulation qui pose plus de probl&#232;me qu'elle n'en r&#233;sout), manifeste &#233;galement l'&#233;tranget&#233; de ce talent artistique. Il n'est pas certain que le talent soit chose si myst&#233;rieuse. Avec Nietzsche on peut consid&#233;rer que cela n'est que le r&#233;sultat d'une travail intense coupl&#233; &#224; un esprit critique &#233;lev&#233; permettant de faire le tri entre ses productions. Cependant le vrai talent ne montre pas son travail. Au contraire, la cr&#233;ation de l'artiste de g&#233;nie para&#238;t facile et v&#233;ritablement inspir&#233;e par un dieu. Cela peut n'&#234;tre qu'une apparence, mais elle est si forte que la r&#233;alit&#233; d'un monde transcendant nous appara&#238;t. L'&#339;uvre d'art nous fait donc percevoir une r&#233;alit&#233; surhumaine, divine. Est-ce une illusion ? La question n'a pas de sens. La r&#233;alit&#233;, avons nous dit, est ce que nous percevons. Si donc l'&#339;uvre d'art nous fait percevoir un tel monde, alors il existe pour nous. Sans doute d'autres ne le per&#231;oivent pas. Mais toute r&#233;alit&#233; est subjective puisque perceptive. La r&#233;alit&#233; de ce monde transcendant pas moi que celle du n&#244;tre. Dira-t-on qu'au moins les perceptions de notre monde sont communes &#224; tous ? Que le vert est toujours per&#231;u vert, m&#234;me si les nuances ne sont pas les m&#234;mes pour tous ? Mais c'est oublier que certains sont aveugles, que donc leur r&#233;alit&#233; est fondamentalement diff&#233;rente de la n&#244;tre qui sommes voyants. Il en est de m&#234;me du monde transcendant que l'art nous fait percevoir. Certains ne per&#231;oivent pas et il n'existe donc pas pour eux. Les uns et les autres ne vivent pas dans la m&#234;me r&#233;alit&#233;. Il est d'ailleurs signifiant de constater que l'art et la religion sont n&#233;s en m&#234;me temps. D&#232;s Lascaux, l'art est religieux et la religion est art. C'est que les deux pr&#233;tendent nous faire entrer dans un au-del&#224; du monde terrestre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Apr&#232;s avoir examin&#233; les caract&#233;ristiques des diff&#233;rents objets composants la r&#233;alit&#233;, nous nous sommes interrog&#233;s sur ce qu'elle est. Cela nous a amen&#233; &#224; comprendre que les &#339;uvres d'arts cr&#233;ent de la r&#233;alit&#233; : la r&#233;alit&#233; per&#231;ue par l'artiste, le monde humain, peupl&#233; d'autres sujets, et m&#234;me un monde supra-naturel, transcendant. Ce qui nous permet de dire que l'&#339;uvre d'art est cr&#233;atrice de r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Toute prise de conscience est-elle lib&#233;ratrice ?</title>
		<link>http://www.philozophie.net/spip.php?article9</link>
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		<description>L'invention de la psychanalyse par Freud avait pour objectif la gu&#233;rison de ses patients. En amenant &#224; la conscience des faits psychiques inconscients, il supprimait, affirmait-il, les troubles psychiques en faisant prendre conscience aux malades des causes non conscientes de leur probl&#232;me. La prise de conscience est donc lib&#233;ratrice de la maladie pour la psychanalyse. Cependant il arrive souvent que le souvenir des traumatismes, loin d'&#234;tre lib&#233;ratrice soit au contraire source d'angoisses. (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'invention de la psychanalyse par Freud avait pour objectif la gu&#233;rison de ses patients. En amenant &#224; la conscience des faits psychiques inconscients, il supprimait, affirmait-il, les troubles psychiques en faisant prendre conscience aux malades des causes non conscientes de leur probl&#232;me. La prise de conscience est donc lib&#233;ratrice de la maladie pour la psychanalyse. Cependant il arrive souvent que le souvenir des traumatismes, loin d'&#234;tre lib&#233;ratrice soit au contraire source d'angoisses. Comment expliquer cette apparente contradiction ? Sans doute faut-il distinguer entre ce qui ressort du d&#233;sir et ce qui ressort de la volont&#233;. Et se demander ce qui, dans une prise de conscience, peut &#234;tre lib&#233;rateur. Nous verrons dans un premier temps que prendre de conscience de ce qui &#233;tait inconscient est lib&#233;rateur ; puis nous nous demanderons si la prise de conscience ne revient pas le plus souvent &#224; avoi bonne conscience ; enfin nous examinerons ce que signifie &#171; se lib&#233;rer &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui permet de penser que &#171; prendre conscience de... &#187; est lib&#233;rateur, est l'invention de la psychanalyse par Sigmund Freud. Celui-ci d&#233;couvre que les ph&#233;nom&#232;nes psychiques conscients sont d&#251;s &#224; d'autres ph&#233;nom&#232;nes psychiques qui eux sont inconscients. L'objectif de la cure psychanalytique est pr&#233;cis&#233;ment de faire remonter &#224; la consciences ces ph&#233;nom&#232;nes. Dans le cas de Anna O. que d&#233;crit Freud, le souvenir d'un &#233;v&#233;nement traumatique de la part de la patiente fait dispara&#238;tre ses sympt&#244;mes hyst&#233;riques. L'hypoth&#232;se de Freud est que cet &#233;v&#233;nement est la cause de l'hyst&#233;rie de la patiente, plus exactement le refoulement de cet exp&#233;rience. D&#232;s lors l'effacement du refoulement permet au souvenir de s'exprimer et fait dispara&#238;tre les troubles. On peut alors dire que la prise de conscience est lib&#233;ratrice pour le malade. Mais cela n'est pas seulement vrai pour les malades psychiques. Le m&#233;decin autrichien &#233;tend sa th&#233;orie &#224; tout psychisme, qu'il soit malade ou sain. C'est une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du psychisme que Freud met en place dans laquelle toute prise de conscience, en tant qu'elle permet l'expression, la r&#233;alisation r&#233;elle mais surtout symbolique des pulsions et d&#233;sirs, entra&#238;ne une lib&#233;ration des n&#233;vroses dues &#224; leur refoulement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette th&#233;orie est psychologique, c'est-&#224;-dire s'applique &#224; l'individu. Cependant l'analyste viennois &#233;tendra assez rapidement celle-ci &#224; la soci&#233;t&#233;, notamment dans Malaise dans la civilisation. C'est compr&#233;hensible puisqu'un des instances du psychisme, le surmoi, est constitu&#233; par l'int&#233;gration des interdits de la soci&#233;t&#233; via les parents. La sociologie constate que nous sommes d&#233;termin&#233;s en grande partie par l'&#233;ducation re&#231;ue de nos parents, par les normes et valeurs de la soci&#233;t&#233; dans laquelle nous vivons. Elle n'est d'ailleurs possible que par cela. Si nous agissions toujours librement, aucune loi sociologique ne pourrait-&#234;tre d&#233;gag&#233;e. Or il y en a, l'exemple le plus courant &#233;tant celui des sondages &#233;lectoraux. Que ce soit pour nous y conformer ou pour les rejeter, nous sommes donc bien d&#233;termin&#233;s, ou au moins fortement influenc&#233;s par la soci&#233;t&#233; et ses normes. Le fait de le savoir, d'en prendre conscience donc, permet de s'en lib&#233;rer. Pas n&#233;cessairement pour en prendre le contre-pied, mais pour pouvoir faire des choix librement. La libert&#233; &#233;tant, ainsi que le montre Spinoza dans L'&#233;thique, non pas d'agir sans d&#233;termination, mais en &#233;tant conscients de celles-ci et en les acceptant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si les comportement des individus formant une soci&#233;t&#233; est d&#233;termin&#233; par celle-ci, alors on peut dire qu'il y a des d&#233;terminations aussi pour cette soci&#233;t&#233;, en particulier pour les nations. Si le surmoi d'un individu est constitu&#233; par son histoire particuli&#232;re, ce qui lui correspond pour un pays est aussi d&#233;termin&#233; par son histoire (ainsi que par sa g&#233;ographie, mais nous sortons ici de la question de la libert&#233; puisque la g&#233;ographie ne d&#233;pend pas des hommes, du moins dans sa dimension physique, pour le reste elle d&#233;pend de l'histoire). Des &#233;pisodes refoul&#233;s de son histoire entra&#238;nent souvent des d&#233;terminations inconscientes qui l'emp&#234;che d'avoir une politique totalement libre. C'est ainsi que la r&#233;volution fran&#231;aise est certainement un facteur qui explique le concept sp&#233;cifiquement fran&#231;ais de la&#239;cit&#233; et le rejet, non conscient la plupart du temps, de la royaut&#233; comme r&#233;gime politique possible. Celle-ci appara&#238;t comme un h&#233;ritage du pass&#233;, forc&#233;ment liberticide et r&#233;trograde, quand bien m&#234;me beaucoup de pays en Europe sont des monarchies. La forme que prend la prise de conscience dans ce cas-l&#224; est peut-&#234;tre la repentance. Il est certain que la nature des relations entre la France et l'Alg&#233;rie est en grande partie influenc&#233;e par l'histoire coloniale qui lie ces deux pays. La reconnaissance r&#233;cente par notre pays des exactions qui ont pu avoir lieu durant la guerre d'Alg&#233;rie est une forme de prise de conscience par celui-ci qui peut permettre des relations plus libres avec notre ancienne colonie. Le probl&#232;me est cependant plus complexe que por les individus puisque ce travail de m&#233;moire ne peut &#234;tre efficace que s'il est partag&#233; par tous, Fran&#231;ais et Alg&#233;riens ici, quel qu'ait &#233;t&#233; leur engagement, dans un soucis de v&#233;rit&#233; et non pas de revanche ou de victimisation. Nous n'y sommes pas encore, mais il nous semble que cette repentance, et tout travail sur la m&#233;moire, ne peut que produire des effets b&#233;n&#233;fiques pour les pays qui s'y livrent. Prendre conscience de son histoire, autrement que sur le mode hagiographique ou h&#233;ro&#239;que, ne peut que profiter &#224; celui qui le fait.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cependant on peut se demander si la repentance, et au-del&#224; toute forme de prise de conscience, n'est une forme de la bonne conscience. En effet, lorsqu'un pays reconna&#238;t ses torts pour le pass&#233;, cela ne revient-il pas &#224; se d&#233;douaner sur les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes ? Ceci d'autant plus que les questions sur lesquelles porte la repentance sont des questions pr&#233;sentes. Nous avons parl&#233; au paragraphe pr&#233;c&#233;dent de la R&#233;volution fran&#231;aise. Celle-ci comm&#238;t l'un des premiers g&#233;nocides de l'histoire, en Vend&#233;e. S'il y a eut travail de m&#233;moire sur la colonisation ou l'esclavage, il n'y en a pas eu pour la Vend&#233;e. &#192; l'&#233;vidence parce que la question ne semble pas se poser pour nous. Et m&#234;me pour la colonisation, la question est plus pr&#233;sente pour l'Alg&#233;rie que pour d'autres colonies, comme Ha&#239;ti par exemple. Serait-ce parce que celle-l&#224; poss&#232;de du p&#233;trole et du gaz alors que celle-ci non ? La repentance peu &#234;tre une fa&#231;on de se cacher nos motivations actuelles en stigmatisant nos anc&#234;tres. De plus cette repentance, si elle reconna&#238;t les torts, elle ne les efface pas, pas plus que leurs cons&#233;quences. S'en tenir &#224; cela serait comme reconna&#238;tre la maladie sans la traiter. La prise de conscience est alors insuffisante, tant dans ses fondements que dans les cons&#233;quences qu'elle devrait entra&#238;ner.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il en est de m&#234;me sociologiquement. Ainsi de l'&#233;cole en France. Dans les ann&#233;es soixante, Pierre Bourdieu, dans La Reproduction, r&#233;v&#233;la que les grandes &#233;coles qui forment l'&#233;lite du pays, l'ENA, l'ENS, Polytechique, admettaient peu d'&#233;l&#232;ves issus des classes populaires. Le syst&#232;me scolaire, montrait son &#233;tude, reproduisait la structure sociale, la figeait en quelque sorte, alors m&#234;me que le discours de l'&#233;cole disait le contraire. Elle pr&#233;tendait &#234;tre un facteur de mobilit&#233; sociale quand elle n'&#233;tait qu'un outil au service de la classe dominante. Cette constatation entra&#238;na des r&#233;formes pour d&#233;mocratiser l'enseignement et corriger ce travers. Il y eut donc prise de conscience. Le r&#233;sultat aujourd'hui est que ces &#233;coles accueillent encore moins d'enfants d'ouvriers et d'employ&#233;s. La s&#233;gr&#233;gation sociale s'est renforc&#233;e. Cela parce que des fili&#232;res de s&#233;lections se sont reconstitu&#233;es (notamment &#224; travers le choix de langues rares) en s'obscurcissant. La prise de conscience n'a donc servi a rien, si ce n'est &#224; donner bonne conscience aux acteurs et b&#233;n&#233;ficiaires du syst&#232;me scolaire. Le s mesures ayant &#233;t&#233; prises, la conscience s'est apais&#233;e. &#192; la limite on peut m&#234;me dire que la faute des classes favoris&#233;es aux classes d&#233;favoris&#233;es : &#171; on &#187; a fait en sorte que l'&#233;galit&#233; des chances soit assur&#233;e, les classes populaires ne s'en saisissent pas, leur &#233;chec n'est plus de notre fait, mais du leur. Il s'agit donc bien de se donner bonne conscience sans qu'il y ait de lib&#233;ration. Au contraire m&#234;me puisque les causes profondes de ces in&#233;galit&#233;s sociales sont ni&#233;es et renforc&#233;es par la culpabilisation de leurs victimes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La critique &#224; l'id&#233;e que la prise de conscience serait lib&#233;ratrice peut porter contre son fondement m&#234;me. Nous avons vu que &#171; prendre conscience de... &#187; est faire venir &#224; la conscience ce qui &#233;tait inconscient. Mais y a-t-il quelque chose d'inconscient ? Si quelque chose est inconscient par nature, il ne peut acc&#233;der au t&#233;moignage de la conscience. La ph&#233;nom&#233;nologie, avec Husserl notamment, estime que l'explication psychanalytique du psychisme est inutile. En distinguant &#171; moi &#187; immanent et &#171; je &#187; transcendant, elle explique que la conscience elle-m&#234;me peut ne pas savoir &#224; certains moments ce qu'elle sait &#224; d'autres. C'est ainsi que le spectateur d'un film, au moment o&#249; il le regarde, ne sait pas qu'il s'agit d'une fiction. Port&#233; par l'histoire, il fait comme si celle-ci &#233;tait vraie. Mais quand il fait la critique de ce film, il sait que c'est une fiction. L'explication causale par l'inconscient n'est donc pas n&#233;cessaire. Il n'en reste pas moins que l'aspect herm&#233;neutique de la psychanalyse peut rester valable. Paul Ricoeur garde cet aspect-ci en rejetant celui-l&#224;. Sartre va plus loin. Pour lui le recours &#224; l'inconscient est typique de la mauvaise conscience. Lorsqu'elle ne veut pas assumer ses actes, la conscience cherche un coupable ; ce sera l'inconscient. &#171; Cet acte manqu&#233; n'est pas de ma faute, dit la mauvaise conscience, c'est la faute de l'inconscient. &#187; Or, selon l'existentialisme, l'homme est condamn&#233; &#224; &#234;tre libre s'il veut &#234;tre homme. C'est-&#224;-dire qu'il doit assumer ses actes, en &#234;tre l'auteur, par ce que ce sont ses actes qui d&#233;terminent en retour ce qu'il est, son existence forme son essence. Le recours &#224; l'inconscient, sous la forme de la prise de conscience, loin d'&#234;tre lib&#233;rateur est un refus de la libert&#233;, un mensonge de la conscience. La seule prise de conscience qui pourrait &#234;tre lib&#233;ratrice serait alors de prendre conscience de cet &#233;tat de fait. Mais mieux vaut dire que l'on arr&#234;te alors de se mentir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais, pourrait-on dire, il s'agit d'une question de vocabulaire. Ne plus se mentir ou prendre conscience peuvent &#234;tre synonymes. D&#232;s lors on peut parler de lib&#233;ration, que ce soit lib&#233;ration de d&#233;terminations inconscientes ou de lib&#233;ration du mensonge. Sans doute faut-il maintenant se pencher sur ce que signifie &#171; se lib&#233;rer &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Peut-on se lib&#233;rer de ses d&#233;terminations, c'est-&#224;-dire agir ou penser sans &#234;tre d&#233;termin&#233; par des causes ext&#233;rieures ? &#192; l'&#233;vidence non. On agit toujours en fonction de d&#233;terminations plus ou moins conscientes. En avoir conscience ne supprime pas ces d&#233;terminations. Je sais que ma pudeur est culturelle, des tribus africaines ou amazoniennes vivent nues. Pour autant, je ne me prom&#232;ne pas nu dans la rue et pas seulement parce que c'est interdit par la loi. On peut penser avec Spinoza, comme nous l'avons d&#233;j&#224; &#233;crit, qu'&#234;tre libre c'est faire n&#244;tre nos d&#233;terminations, les accepter, &#234;tre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;causa sui&lt;/i&gt;, cause de soi-m&#234;me. Mais c'est une d&#233;finition paradoxale de la libert&#233; et il n'en reste pas moins que nous sommes d&#233;termin&#233;s. Dans cet optique, nous ne pouvons pas nous lib&#233;rer de nos d&#233;terminations, qu'on en ait conscience ou pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais qu'est-ce qui est inconscient ? La racine de nos d&#233;sirs. Je suis bien sur conscient de ces d&#233;sirs, de mes passions ou pulsions, mais pas de ce qui les fait na&#238;tre. Je suis conscient du d&#233;sir que suscite en moi telle personne, mais pourquoi ai-je du d&#233;sir pour elle et pas pour une autre ? Je ne le sais pas. Les explications que je peux en donner sont des significations que je met sur ce d&#233;sir, par des causes de celui-ci. Et ces d&#233;sirs, je ne peux les supprimer. Ce qui est heureux puisque ce sont eux qui me font agir, penser, vivre. Le bouddhisme tend &#224; l'annihilation du d&#233;sir, son id&#233;al est le Nirvana, l'absence de toute douleur, tout d&#233;sir, toute sensation. Autant l'an&#233;antissement. Ce n'est plus la vie. Et s'il n'y a plus d'agir ni de penser, comment peut-il y avoir libert&#233;. Supprimer le d&#233;sir serait une lib&#233;ration &#224; la fa&#231;on dont on peut dire que la mort est une lib&#233;ration. Nous tombons au mieux dans la m&#233;taphore, au pire dans l'aporie. Mais si mes l'origine de mes d&#233;sirs est inconsciente, je peux vouloir les accomplir ou pas ; les assouvir directement ou les sublimer. La volont&#233; n'est pas le d&#233;sir. Ainsi je peux d&#233;sirer cette belle voiture que je ne peux me payer, pour autant je ne veux pas la voler. La volont&#233; est totalement consciente. Lorsque j'agis selon cette volont&#233;, je suis libre. Par contre si je confond ma volont&#233; avec mes d&#233;sirs, &#224; coup sur je ne suis pas libre puisque prisonnier de ces d&#233;sirs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La lib&#233;ration est donc prendre conscience que la volont&#233; n'est pas le d&#233;sir. Le d&#233;sir na&#238;t du corps, la volont&#233; de l'esprit. Si l'on confond les deux, alors on croit agir par volont&#233;, c'est-&#224;-dire librement, j'ai l'illusion de faire ce que je veux quand en fait je suis conduit par mes d&#233;sirs. La prise de conscience est lib&#233;ratrice si elle porte sur la connaissance que nos d&#233;sirs ne sont pas notre volont&#233;. Je peux alors choisir quels d&#233;sirs assouvir et comment le faire. Or choisir, c'est faire ce que l'on veut, c'est &#234;tre libre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons vu que la prise de conscience est lib&#233;ratrice en tant qu'elle fait surgir &#224; la conscience ce qui est inconscient. Mais que cette prise de conscience pose probl&#232;me en ce qu'elle nous fait parfois retomber dans une autre illusion. Finalement la seule prise de conscience r&#233;ellement lib&#233;ratrice est celle qui nous fait conna&#238;tre la distinction du d&#233;sir et de la volont&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Suffit-il de communiquer pour dialoguer ?</title>
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#201;tymologiquement, communiquer vient de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;communicare&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire mettre en commun, avoir en partage et dialoguer vient de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dialegein&lt;/i&gt; qui signifie parler &#224; quelqu'un par opposition au soliloque ou au monologue. De ce point de vue, communiquer comme dialoguer c'est se parler c'est-&#224;-dire &#233;changer des messages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;N&#233;anmoins les animaux aussi communiquent entre eux, se transmettent des informations mais on ne dira pas pour autant qu'ils dialoguent. D&#232;s lors il s'agira de pr&#233;ciser ce qu'il faut entendre par communiquer et dialoguer et se demander en quoi le dialogue est une activit&#233; sp&#233;cifiquement humaine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avec le progr&#232;s technique et la multiplication des moyens de communication toujours plus efficaces, notre soci&#233;t&#233; se caract&#233;rise comme une soci&#233;t&#233; de communication. R&#233;duction des distances dans l'espace, soit par les moyens de transport par lesquels on peut se d&#233;placer en personne, soit par les moyens de transmission d'informations toujours plus efficaces qui permettent de mettre potentiellement en rapport chacun avec tout autre. Avec ces moyens se met en place un imp&#233;ratif nouveau qui est celui de communiquer : il faut communiquer. Mais cet imp&#233;ratif semble d&#233;placer l'accent du contenu vers la forme. Si communiquer c'est toujours communiquer quelque chose &#224; quelqu'un, la communication implique en m&#234;me temps une communaut&#233;. Or le d&#233;ploiement ds techniques modernes ne s'accompagne pas toujours d'un renforcement du lien communautaire mais, au contraire, d'un isolement grandissant. La t&#233;l&#233;vision a &#233;t&#233; suffisamment critiqu&#233;e sur ce point &#233;tant tenue pour responsable, en partie, de la destruction des anciens rapports vivants entre les individus pour imposer un isolement &#224; l'int&#233;rieur des foyers. D&#232;s lors, loin de favoriser la parole vivante, le dialogue entre les personnes, ces moyens de communication s'y opposeraient. Mais alors n'est-ce pas confondre moyen et fatalit&#233; ? En effet un moyen est toujours ce qui est utilis&#233; en vue d'une fin et c'est n&#233;cessairement l'utilisateur qui fixe les fins. Pour reprendre l'exemple de la t&#233;l&#233;vision, elle reste un moyen pour autant qu'on en fait un usage r&#233;fl&#233;chi, en choisissant. Elle reste alors un moyen d'information, c'est-&#224;-dire d'acquisition d'un savoir ou de divertissement si on en fait un usage critique. En effet, le danger inh&#233;rent &#224; un tel moyen de communication est la passivit&#233; r&#233;duisant la personne &#224; un simple spectateur d&#232;s lors menac&#233; de perdre toute initiative, c'est-&#224;-dire tout sens critique. Suffit-il alors de communiquer pour dialoguer ? Il faut pr&#233;ciser ce que c'est que communiquer pour voir si le dialogue y est enti&#232;rement r&#233;ductible.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Communiquer c'est, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, &#234;tre en relation avec quelque chose et plus pr&#233;cis&#233;ment ici transmettre des informations. De ce point de vue il y a une communication animale. En effet toute communication suppose un &#233;metteur, un r&#233;cepteur et un code, c'est-&#224;-dire un syst&#232;me de signes permettant d'encoder et de d&#233;coder des messages. N&#233;anmoins le langage animal n'est qu'un syst&#232;me de signaux qui appelle pour toute r&#233;ponse une conduite. Comme dans la danse en huit des abeilles d&#233;crite par Von Frisch. De ce point de vue il y a bien communication, c'est-&#224;-dire transmission d'une information mais pas de dialogue sui suppose que la r&#233;ponse soit un autre message. C'est en ce sens que seul l'homme parle c'est-&#224;-dire dit quelque chose de quelque chose &#224; quelqu'un. Seul l'homme parle parce que seul il poss&#232;de un v&#233;ritable langage qui est un syst&#232;me de signes linguistiques, unit&#233; d'un signifiant et d'un signifi&#233;, c'est-&#224;-dire d'un concept sans rapport direct avec les choses qu'il d&#233;signe et qui est articul&#233;, le sens d'un signifiant d&#233;pendant de sa place par rapport aux autres signifiants. En changeant les places c'est le sens qui change. Du coup, parce que son langage n'a aucun rapport direct avec les choses, l'homme seul peut parler de tout et dialoguer. S'il peut donc y avoir communication sans dialogue, comme on le voit chez l'animal, qu'en est-il chez l'homme ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'homme aussi utilise des codes de signaux, c'est-&#224;-dire des signes qui appellent pour tout r&#233;ponse une conduite, comme un ordre par exemple, il n'en reste pas moins que c'est l'homme lui-m&#234;me qui invente ces signes (ils ne sont pas inn&#233;s comme chez l'animal) et qu'il peut remettre en question, discuter, un message. Dialoguer c'est d'abord parler avec quelqu'un mais aussi bien on parle de dialogue de sourds. Non pas que les sourd ne dialoguent pas, le langage des sourds et muets est un v&#233;ritable langage articul&#233;, mais au sens figur&#233; un dialogue de sourds renvoie &#224; une discussion o&#249; les interlocuteurs ne s'&#233;coutent pas r&#233;ciproquement. On dira alors qu'ind&#233;pendamment du contenu les interlocuteurs communiquent mal, rendant impossible tout accord. Bien communiquer ce serait alors mettre en place ls conditions qui permettent d'aboutir &#224; un accord. Mais ici on peut distinguer deux fa&#231;on d'obtenir l'accord de l'autre. Soit par un acte violent de persuasion, soit par une recherche commune pr&#233;supposant un rapport &#233;galitaire. Comme le montre Platon dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Gorgias,&lt;/i&gt; Socrate avant de poursuivre son entretien avec Gorgias veut s'assurer qu'ils ont tous les deux la m&#234;me conception de la discussion. Pour ce faire Socrate rappelle d'abord la fa&#231;on dont se passe la plupart des discussions : elles n'aboutissent &#224; rien sinon au conflit. En effet chacun d&#233;fend son point de vue et par l&#224; il y a bien une instruction mutuelle, c'est-&#224;-dire un &#233;change d'informations, mais pas de dialogue v&#233;ritable. La discussion ne peut pas progresser vers un accord commun parce que chacun d&#233;fend son point de vue comme une v&#233;rit&#233; re&#231;ue sans examen critique. Du coup chacun d&#233;fend ses opinions qui ne sont que des croyances aveugles et, ne pouvant pas les justifier, il est in&#233;vitable que l'entretien tourne au rapport de force. Par opposition, un dialogue v&#233;ritable va consister &#224; interroger les id&#233;es, les critiquer pour en tester la valeur. Il va s'agir de faire l'effort de penser ce que l'on dit au lieu de r&#233;p&#233;ter machinalement. Dialoguer sera alors non pas transmettre id&#233;es toutes faites mais au contraire former des id&#233;es, les penser vraiment. Si Socrate rappelle ceci &#224; Gorgias, c'est parce que celui-ci est un rh&#233;teur, un sp&#233;cialiste de l'art oratoire. Or savoir manipuler le discours c'est aussi avoir du pouvoir. En effet, si le pouvoir c'est avoir de l'influence sur la conduite des autres, le discours s&#233;ducteur est un instrument de domination dans un contexte d&#233;mocratique tel que celui d'Ath&#232;nes. Ce type de discours ne cherche que l'efficacit&#233; et travaille donc essentiellement la forme du discours, qui doit &#234;tre persuasive, en d&#233;laissant le contenu proprement dit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce d&#233;tour par la critique de la sophistique peut permettre une analyse des moyens modernes de communication. Sont-ils eux aussi des moyens de manipulation ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Revenons sur notre description de d&#233;part de l'actuelle soci&#233;t&#233; de communication avec en main cette distinction entre communiquer et dialoguer. Tout changement dans les moyens de communication s'accompagne d'un changement dans les fa&#231;on de penser. Passer de l'oral &#224; l'&#233;crit permet de garder en m&#233;moire et de transmettre de fa&#231;on fixe aux g&#233;n&#233;rations suivantes. L'invention de l'imprimerie au XVe si&#232;cle rend possible une d&#233;mocratisation de l'&#233;crit avec une diffusion du livre. Poss&#233;dant le livre, chacun peut parcourir le texte et s'en faire une id&#233;e, sans recourir &#224; quelqu'un d'autre. L'av&#232;nement des moyens de communication modernes (radio, t&#233;l&#233;vision, internet, etc.) promet des bouleversements d'ampleur aussi consid&#233;rable, et l'inqui&#233;tude &#224; leur &#233;gard vient de leur puissance aussi bien positive que n&#233;gative. D'une part la circulation de l'information n'a jamais &#233;t&#233; aussi grande, donnant &#224; chacun le don d'ubiquit&#233;, mais en m&#234;me temps la pens&#233;e para&#238;t menac&#233;e dans la mesure o&#249; le flot d'information g&#232;ne le silence et le recul n&#233;cessaire pour la r&#233;flexion. La communication de masse est aussi un moyen de modeler les pens&#233;es en d&#233;truisant toute singularit&#233;. Ce qui se voit particuli&#232;rement bien dans le ph&#233;nom&#232;ne de la propagande qui marque le 20e si&#232;cle. On peut ici parler d'une version moderne de la sophistique o&#249; la forme prend le pas sur le contenu dans un enjeu de pouvoir. C'est par exemple la publicit&#233; qui veut d&#233;clencher des comportements consommateurs, ou l'homme politique qui doit tenir compte de son image et de son pouvoir de persuasion avant le contenu de son programme qui devrait faire appel &#224; la capacit&#233; de r&#233;flexion de chacun. Il ne s'agit pas de critiquer l'homme politique qui ne chercherait que le pouvoir. Il faut bien que son action soit mue par des passions, ce n'est pas non plus son intelligence qui est en cause, mais c'est l'imp&#233;ratif de communiquer dans lequel il est pris qui commande la pr&#233;pond&#233;rance de la forme sur le contenu. Comme nous l'avons vu, cela n'est pas bien nouveau. Ce qui l'est en revanche c'est l'extr&#234;me puissance des nouveaux moyens de communication qui implique, pour ne pas en &#234;tre les victimes, une vigilance critique accrue.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si communiquer et dialoguer semblent d'abord se confondre dans la mesure o&#249; ils d&#233;signent tous deux un &#233;change d'id&#233;es, il nous est apparu que communiquer est une condition n&#233;cessaire mais non suffisante pour dialoguer. Dans la simple communication il s'agit surtout de faire circuler des informations, ce qui est une condition n&#233;cessaire pour penser. Mais dans le dialogue il s'agit plut&#244;t de former des id&#233;es, c'est-&#224;-dire de les penser vraiment au lieu de simplement les r&#233;p&#233;ter. Cela reste aujourd'hui comme hier le seul moyen de pr&#233;server notre singularit&#233; et par l&#224; notre humanit&#233; contre tous les pouvoirs qui tendraient &#224; nous manipuler.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Faut-il toujours ob&#233;ir &#224; la loi ?</title>
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Toute transgression de la loi entra&#238;ne syst&#233;matiquement la r&#233;probation de la plupart des citoyens, l'action de la police qui arr&#234;te les coupables et de la justice qui les juge et les sanctionne. Quelles que soient les soci&#233;t&#233;s, toutes supposent un ordre dont le cadre est pos&#233; par les lois et dont la permanence est assur&#233;e par une force qui contraint chacun au respect de ces lois. Dans cette perspective la loi implique n&#233;cessairement l'ob&#233;issance. Ne pas s'y soumettre annulerait de fait la loi et par l&#224; l'ordre indispensable qui seul peut garantir la coexistence des individus. Cependant une pure ob&#233;issance aux lois et don &#224; l'ordre &#233;tablit ram&#232;nerait la vie en soci&#233;t&#233; aux conditions d'une vie naturelle o&#249; les lois immuables garantissent la permanence dans la r&#233;p&#233;tition du m&#234;me. Or les hommes, contrairement aux animaux, sont pris dans le mouvement d'une histoire qui implique l'apparition de la nouveaut&#233;. Comment d&#232;s lors concilier permanence et changement ? Il s'agira donc de se demander comment penser en m&#234;me temps la n&#233;cessaire ob&#233;issance aux lois et la possibilit&#233; de la transgression comme condition du mouvement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La loi est, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, une r&#232;gle qui s'applique &#224; un ensemble de ph&#233;nom&#232;nes et qui en d&#233;termine le comportement. Cette notion appartient principalement au champ politique o&#249; la loi est une r&#232;gle (ou ensemble de r&#232;gles) &#233;dict&#233;es par l'autorit&#233; souveraine qui exerce le pouvoir et qui s'applique &#224; &#224; tous les membres d'une communaut&#233;. Par extension la notion a pris le sens, dans le champ scientifique, d'un rapport r&#233;gl&#233; entre les ph&#233;nom&#232;nes d'un m&#234;me ordre de r&#233;alit&#233;. Elles seraient la traduction math&#233;matique des lois de la nature. De telles lois excluent par d&#233;finition le probl&#232;me de l'ob&#233;issance car &#233;tant n&#233;cessaires on ne peut pas y d&#233;sob&#233;ir. Ainsi, en tant que l'homme est une partie de la nature, il est n&#233;cessairement soumis &#224; de telles lois. Comme toutes choses physiques il est n&#233;cessairement soumis &#224; la pesanteur et tombe quand rien ne le soutien. De m&#234;me, comme tout &#234;tre vivant c'est un &#234;tre mortel soumis au besoin et il serait vain de vouloir y d&#233;roger. N&#233;anmoins il n'y est pas soumis tout &#224; fait de la m&#234;me fa&#231;on que l'animal car du fait de la pens&#233;e, en connaissant les lois de la pesanteur, il peut cr&#233;er des moyens de voler, en se sachant mortel il peut s'interroger sur comment vivre. Autrement dit l'homme manifeste une capacit&#233; d'initiative lui permettant d'utiliser &#224; son avantage les n&#233;cessit&#233;s qui p&#232;sent sur lui, c'est-&#224;-dire transformer l'ob&#233;issance en commandement sans pour autant quitter l'ordre des n&#233;cessit&#233;s. S'il en est ainsi c'est parce que l'homme est un &#234;tre naturellement inachev&#233; chez qui la pens&#233;e et la conscience se substituent &#224; l'instinct. A la naissance l'animal n'est pas encore achev&#233; mais il n'a que besoin de temps pour arriver &#224; la maturation, il est d&#233;j&#224; tout ce qu'il pourra &#234;tre alors que l'homme na&#238;t inachev&#233; et a besoin d'&#233;ducation pour devenir un homme. L'animal est r&#233;gl&#233; par la nature sous la forme de l'instinct alors que l'homme est naturellement ind&#233;termin&#233;. La nature ne r&#232;gle pas &#224; l'avance son comportement, c'ets donc l'homme qui doit lui-m&#234;me se r&#233;gler. Du coup si aucune lo naturelle ne r&#232;gle le comportement humain, elles devront &#234;tre institu&#233;es. De fait, une des caract&#233;ristiques essentielles des soci&#233;t&#233;s humaines, c'est que toutes sont r&#233;gl&#233;es mais le contenu des r&#232;gles change d'une soci&#233;t&#233; &#224; l'autre. Cette variation du contenu des lois, c'est-&#224;-dire ce qu'elle permet ou ce qu'elle interdit, est le signe le plus incontestable que l'on est plus dans l'ordre de la nature mais dans celui de la culture, c'est-&#224;-dire de l'institution humaine. En effet, comme le montre L&#233;vi Strauss dans Les structures &#233;l&#233;mentaires de la parent&#233; le naturel est universel alors que le culturel est particulier, variable d'une soci&#233;t&#233; &#224; l'autre. De ce point de vue la n&#233;cessit&#233; d'une culture &#233;tant universelle, elle appara&#238;t naturelle pour l'homme. De part sa condition l'homme ne peut pas vivre comme l'animal, immerg&#233; dans la nature, mais il ne peut devenir humain qu'&#224; l'abri d'un monde humain, dans le milieu d'une langue eet de r&#232;gles. Si le contenu des r&#232;gles change d'une soci&#233;t&#233; &#224; l'autre, ce qui ne change pas c'est la n&#233;cessit&#233; de r&#232;gles. Ainsi il n'y aurait pas pour l'humanit&#233; un passage progressif de la nature &#224; a culture, mais une rupture instaur&#233;e par l'interdit. devenir humain serait ainsi int&#233;grer l'ordre de la loi, c'est-&#224;-dire de l'interdit. Sur la base d'un tel cadre, le contenu des lois change d'une culture &#224; 'autre, ce qui veut dire qu'il n'est pas n&#233;cessaire et qu'il est possible de lui d&#233;sob&#233;ir. De fait, une loi humaine n'interdit que ce que les hommes sont susceptibles de faire. Aucune loi n'interdit ce que personne ne fait jamais. Si la loi commende de ne pas tuer, c'est parce que de fait les hommes tuent et qu'un tel acte menace la permanence du monde humain, et, par l&#224;, la condition de possibilit&#233; d'une vie humaine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi chaque soci&#233;t&#233; instaure ses propres r&#232;gles et ses propres exigences, un droit positif (ensemble des r&#232;gles &#233;crites ou non, lois, coutumes) et un droit id&#233;al d&#233;fini par des exigences morales. Les deux pouvant co&#239;ncider et caract&#233;riser des soci&#233;t&#233;s dites froides, comme les soci&#233;t&#233;s modernes, ouvertes sur un avenir pens&#233; comme le lieu d'un progr&#232;s. N&#233;anmoins dans tous les cas la loi exige son respect. Chaque transgression, comme le vol par exemple, porte en elle le risque potentiel de l'&#233;clatement de la soci&#233;t&#233; s'il ne rencontrait pas une force suffisante pour le contenir. A d&#233;faut d'une autorit&#233; commune, chacun d&#233;fendrait son propre droit, engendrant ainsi un cycle ind&#233;fini de vengeance. Cet &#233;clatement potentiel de la soci&#233;t&#233; n'est pas une simple vue de l'esprit mais un risque permanent comme le montre les guerres civiles. C'est face &#224; une telle r&#233;alit&#233; dans l'Angleterre du 17e si&#232;cle que Thomas Hobbes, dans Le l&#233;viathan, pense le fondement du vivre ensemble en terme de contrat social o&#249; chacun s'engage en m&#234;me temps que tous les autres &#224; renoncer &#224; une partie de son droit naturel au profit du souverain qui, concentrant entre ses mains l'usage d'une violence l&#233;gitime peut faire respecter les lois qu'il &#233;dicte. En l'absence de lois et d'une force suffisante pour les faire respecter par tous, c'est l'&#233;tat de guerre civile ou &#233;tat de nature. Ici r&#232;gne une guerre de tous contre tous, dans la mesure o&#249;, chacun, conform&#233;ment &#224; sa nature &#233;go&#239;ste, recherche son int&#233;r&#234;t. Tout le monde faisant de m&#234;me, chacun est une menace pour chacun et, la meilleure d&#233;fense &#233;tant l'attaque, c'est bien une guerre g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui se d&#233;veloppe. Or l'homme, comme tout &#234;tre vivant, est soumis &#224; cette loi naturelle qui le fait spontan&#233;ment recherche ce qui lui permet de conserver sa vie et fuir ce qui le menace. Cette loi naturelle conduit, en l'absence de r&#232;gles, &#224; la mort et, pour sortir de cette contradiction et assurer les conditions d'une vie humaine, les hommes doivent s'accorder pour se donner une autorit&#233; qui concentrera entre ses mains les moyens de mettre tout le monde d'accord.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ces conditions l'ob&#233;issance &#224; la loi est imp&#233;rative et ne souffre aucune exception. Si le but de la loi est l'ordre et la s&#233;curit&#233; comme condition n&#233;cessaires d'une vie humaine, alors il faut toujours ob&#233;ir sous peine d'une retour &#224; l'&#233;tat de guerre dont il faudra de nouveau sortir pour instaurer un nouvel ordre. La loi est alors une contrainte n&#233;cessaire, v&#233;cue par chacun comme une limitation de la libert&#233; puisqu'il n'est pas possible de faire tout ce qui nous pla&#238;t bien que ce soit le r&#234;ve que chacun pr&#233;serve au fond de lui. Le l&#233;gal est en m&#234;me temps le juste, il faut ob&#233;ir &#224; la loi parce que c'est la loi. N&#233;anmoins la r&#233;alit&#233; des faits remet en cause cette d&#233;duction. En effet guerres et r&#233;volutions sont des destructions d'un ordre ancien pour instaurer un ordre nouveau. Toutefois on ne sort pas ici du cadre pos&#233; par Hobbes. En effet si le souverain ne r&#233;ussit pas &#224; maintenir l'ordre, ce pour quoi les hommes se sont dessaisis de leur droit naturel &#224; son profit, alors il perd par l&#224; m&#234;me sa l&#233;gitimit&#233; et il est d&#232;s lors naturel qu'il soit renvers&#233; pour qu'un autre ordre s'installe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;N&#233;anmoins dans certains cas la d&#233;sob&#233;issance et la violence qu'elle entra&#238;ne semble parfois l&#233;gitime dans a mesure o&#249; elle engendre au bout du compte moins de violence et plus de libert&#233;. Dans ce cas l'ordre nouveau serait plus juste que l'ancien ou bien, et c'est la m&#234;me chose, l'ordre existant peut appara&#238;tre comme injuste par rapport &#224; de nouvelles aspirations ou &#224; des exigences plus hautes. D&#232;s lors peut-il y avoir un devoir de d&#233;sob&#233;issance ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En effet les hommes d&#233;sob&#233;issent de fait. Soit pour des raisons purement &#233;go&#239;stes, en vue d'un int&#233;r&#234;t personnel et dans ce cas le comportement transgressif ne peut pas &#234;tre l&#233;gitime puisque, comme nous l'avons vu, il remet en cause les conditions m&#234;me d'une vie humaine. Mais encore faut-il que l'acte ne soit pas l'effet d'une contrainte. En effet, que penser du cas d'une personne qui serait d&#233;muni jusqu'&#224; un &#233;tat, non de simple pauvret&#233;, mais de mis&#232;re qui volerait pour nourrir ses enfants ? La loi devrait s'appliquer &#224; ce cas particulier car, comme nous l'avons pos&#233; dans la premi&#232;re partie, la loi est toujours g&#233;n&#233;rale, n&#233;anmoins l'affaire serait jug&#233;e en tenant compte des circonstances particuli&#232;res pour adapter la loi au cas particulier. Une simple application m&#233;canique de la loi susciterait un sentiment d'injustice qui nourrirait une attitude de d&#233;fiance par rapport &#224; l'ordre &#233;tabli et par l&#224; m&#234;me en menacerait la stabilit&#233;. Autrement dit, il peut y avoir un conflit entre la justice effective et le sentiment de ce que devrait &#234;tre la justice. Un tel conflit, qui peut appara&#238;tre &#224; l'occasion d'une affaire particuli&#232;re, peut aussi se g&#233;n&#233;raliser &#224; une soci&#233;t&#233; enti&#232;re. Par exemple la crise de la r&#233;volution fran&#231;aise vient r&#233;soudre une contradiction entre la soci&#233;t&#233; telle qu'elle &#233;tait organis&#233;e politiquement et la r&#233;alit&#233; du pays qui aspirait &#224; un autre ordre parce que de nouvelles valeurs ses ont d&#233;velopp&#233;es. L'ancien r&#233;gime, o&#249; seuls quelques uns acc&#232;dent &#224; la visibilit&#233; de l'espace public (noblesse, clerg&#233;) et la plupart des autres n'ont aucune existence politique. Dans ces conditions l'ancien r&#233;gime appara&#238;t injuste par rapport aux nouvelles valeurs qui se mettent en place qui affirment l'&#233;gale dignit&#233; et donc l'&#233;gale libert&#233; de tous les hommes. D&#232;s lors l'insurrection, toujours ill&#233;gale en tant qu'elle d&#233;sob&#233;it aux lois existantes, peut bien para&#238;tre l&#233;gitime parce que fond&#233;es sur des valeurs pos&#233;es comme sup&#233;rieures, sur une nouvelle id&#233;e de la justice. Si la r&#233;volte aboutit et se transforme en r&#233;volution elle change l'ordre des valeurs ; si elle &#233;choue elle restera une simple r&#233;bellion qu'il faut r&#233;primer. La r&#233;volution fran&#231;aise ayant abouti elle pose un nouveau droit naturel qui affirme l'&#233;gale dignit&#233; de tout homme. Pour Rousseau les hommes sont perfectibles et sont dans une &#233;galit&#233; naturelle que l'ordre politique doit pr&#233;server pour &#234;tre l&#233;gitime (Du contrat social). Dans le cas contraire un droit de r&#233;sistance est fond&#233;. Tout pouvoir qui s'instaurerait contre cette valeur fondamentale du monde moderne de l'&#233;gale libert&#233; de tout homme peut susciter l&#233;gitimement un droit de r&#233;sistance. Notion paradoxale puisque, comme nous l'avons vu, il n'y a d'autorit&#233; qu'&#224; condition d'&#234;tre ob&#233;ie, mais qui se comprend &#224; partir de cette affirmation des valeurs sup&#233;rieures de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Non seulement on peut r&#233;sister, mais selon les circonstances on le doit. C'est ce que met en &#233;vidence les proc&#232;s pour crime de guerre, g&#233;nocide et crime contre l'humanit&#233;, comme le montre Hannah Arendt dans Eichmann &#224; J&#233;rusalem, rapport sur la banalit&#233; du mal. Pour sa d&#233;fense, Eichmann &#233;voque le devoir d'ob&#233;issance : &#171; Je n'ai fait que mon devoir, j'ai ob&#233;i &#224; la loi. &#187; Ce qui est vrai dans la mesure o&#249; il est fonctionnaire d'un appareil d'&#201;tat et qu'il ex&#233;cute les directives. Son activit&#233;, l'organisation de la d&#233;portation des juifs, est l&#233;gale, elle se fait dans le cadre du droit allemand de l'&#233;poque. Mais si on le juge, c'est qu'on estime qu'il aurait d&#251; d&#233;sob&#233;ir. Sa responsabilit&#233; personnelle est donc en eu et n'est pas annul&#233;e par sa soumission &#224; l'autorit&#233;. Il se devait de r&#233;sister au nom de la valeur de la personne humaine qui transcende le droit positif de telle ou telle soci&#233;t&#233;. D'autant qu'Eichamann en invoquant le devoir d'ob&#233;issance se r&#233;f&#232;re &#224; la loi morale de Kant. Pour Kant (Fondements de la m&#233;taphysique des m&#339;urs), &#234;tre moral c'est ob&#233;ir &#224; l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique de ne faire que ce qui est universalisable : je ne peux pas raisonnablement vouloir d'un monde o&#249; tous les homes s'entretuent, donc il ne faut jamais tuer. Pour Kant il faudrait donc toujours ob&#233;ir &#224; la loi morale, ce qui &#233;ventuellement doit conduire &#224; d&#233;sob&#233;ir &#224; la loi positive. Ce qui manifestement est le cas ici et Eichmann confond la loi de la raison avec la looi du F&#252;hrer. D'autant plus qu'il n'a pas tuer directement, ce n'est pas un monstre mais un homme ordinaire qui de plus ne supporte pas la vue du sang. En quoi consiste alors sa faute ? C'est de ne pas s'&#234;tre interrog&#233; sur la finalit&#233; de ses actes. Il est un fonctionnaire qui fait dfonctionnere le syst&#232;me sans l'interroger ni le juger en fonction de normes universelles. Eichmann agissait selon l'imp&#233;ratif aveugle &#171; tu tueras ! &#187;, &#224; l'encontre de toutes les valeurs qu'il portait en lui du fait de son &#233;ducation et de sa culture. Etre un homme c'est penser et juger et le mal proviendrait, au moins en partie, de ce renoncement &#224; l'humanit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Devrait-on alors toujours ob&#233;ir &#224; la loi morale ? Comme le pose Kant : &#171; Agis toujours de telle mani&#232;re que la maxime de ton action puisse &#234;tre &#233;rig&#233;e en loi universelle de la nature. &#187; L'universalit&#233; ne souffre aucune exception. N&#233;anmoins la complexit&#233; des situations concr&#232;tes nous am&#232;nent &#224; devoir choisir en conscience pour trancher les conflits de devoirs. Si, par exemple, la Gestapo interrogeait un homme dont l'ami est juif : devrait-il dire la v&#233;rit&#233; ou sauver un homme d'une mort injuste ? La loi morale &#224; elle seule ne suffit pas pour trancher et donc ici aussi l'ob&#233;issance doit &#234;tre &#233;clair&#233;e et responsable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous nous trouvons donc face &#224; un dilemme : il faut ob&#233;ir parce que l'on doit suivre des r&#232;gles politico-juridiques ou morales,mais il faut aussi pouvoir d&#233;sob&#233;ir &#224; ce qui est au nom de ce qui doit &#234;tre. Comment d&#232;s lors concilier n&#233;cessaire ob&#233;issance et devoir de d&#233;sob&#233;issance ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En effet, les deux exemples que nous avons d&#233;velopp&#233;s dans la deuxi&#232;me partie portent avec eux leurs contradictions. La r&#233;volution marque bien un progr&#232;s dans la mesure o&#249; elle rend effective la reconnaissance de tout homme comme tel et du respect auquel chacun a droit du fait de la commune appartenance &#224; l'humanit&#233;. N&#233;anmoins la r&#233;volution comme mise en suspens de la loi ouvre un temps de destruction et de violence qui tend &#224; gangrener la soci&#233;t&#233;, pr&#233;sentant cet &#233;tat de nature d&#233;crit par Hobbes o&#249; la crainte et la terreur deviennent une dimension permanente de l'existence. Le d&#233;sordre n'est pas humainement vivable et appelle le retour &#224; l'ordre qui peut se r&#233;v&#233;ler plus violent encore que celui qui est abattu. C'est en ce sens que l'on peut comprendre la position de Socrate qui accepte sa condamnation &#224; mort bien qu'elle soit &#224; ses propres yeux injuste (Criton). Mieux vaut des lois, m&#234;me injustes, que pas de loi du tout parce que c'est seulement dans la pols, dans la soci&#233;t&#233; organis&#233;e par des lois communes, que la vie humaine est possible. Il n'y a de vie humaine que dans un monde humain. Ce qui n'implique pas d'accepter aveugl&#233;ment la loi. Socrate est le mod&#232;le m&#234;me de l'homme qui assume son humanit&#233; en pensant et en jugeant. De fait, s'il n'est pas pr&#233;sent dans les assembl&#233;es o&#249; se prennent les d&#233;cisions publiques, parce que le langage y devient un instrument de pouvoir, il est dans la rue parmi les hommes pour les interroger et les amener &#224; r&#233;fl&#233;chir, notamment sur ce qui est v&#233;ritablement juste. Dans la mesure o&#249; la loi est une r&#232;gle commune que les hommes se donnent, il convient de l'interroger pour se mettre d'accord sur ce que doit &#234;tre cette r&#232;gle. La politique au sens fort, comme l'a d&#233;fini Hannah Arendt, est la recherche en commun, sur la base d'une pluralit&#233; humaine, de la r&#233;alisation d'un monde commun. Le bien, au sens de ce qui vaut pour tous dans un monde commun, doit s'&#233;laborer sur la base du d&#233;bat qui inclut la reconnaissance de l'interlocuteur. Dialoguer, au sens fort, c'ets accepter que l'autre puisse avoir raison et, par l&#224;, me d&#233;gager de mon point de vue particulier r&#233;sultant de mon histoire particuli&#232;re. Cet arrachement m&#234;me pr&#233;supposant l'ouverture d'un espace public de communication.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, jusqu'&#224; quel point Eichmann est responsable dans un syst&#232;me totalitaire qui p&#232;se si fortement jusque dans le contenu de la pens&#233;e ? Comme le montre Arendt, Eichmann n'a rencontr&#233; personne, notamment dans la bonne soci&#233;t&#233;, qui remette en cause le bien-fond&#233; de ce qu'ils faisaient. Autrement dit, la r&#233;flexion suppose de se nourrir de la controverse et il convient donc de veiller &#224; ce que cette libre circulation de la pens&#233;e ne soit pas entrav&#233;e et que chacun se pr&#233;occupe des affaires publiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ces conditions il convient de toujours ob&#233;ir &#224; la loi &#224; condition de lui donner son accord. Reste &#224; pr&#233;ciser comment lui donner son accord. Comme le montre Rousseau dans Le contrat social, pour concilier la n&#233;cessaire ob&#233;issance tout en pr&#233;servant la dignit&#233; humaine, il faut que la loi soit voulue par tous, c'est-&#224;-dire, selon son vocabulaire, qu'elle &#233;mane de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale. Celle-ci n'est pas la somme des int&#233;r&#234;ts &#233;go&#239;stes n&#233;cessairement en conflit, mais ce que tout le monde peut vouloir dans la mesure o&#249; il fait un effort pour sortir de son point de vue particulier et acc&#233;der au point de vue de a raison, de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Le seul moyen pour op&#233;rer un tel passage est le d&#233;bat public. Ce qui rend aussi possible, en m&#234;me temps et sans contradiction, ob&#233;issance et contestation. Il faut ob&#233;ir &#224; la loi parce que la vie humaine suppose l'ordre mais la loi peut toujours &#234;tre contest&#233;e en vue de son am&#233;lioration pour s'ajuster au mouvement de la vie commune. Chacun doit avoir un droit, garanti par la loi, de regard sur les affaires publiques et, en retour, chacun a le devoir de penser et de juger ce monde pour &#233;ventuellement agir dans la contestation s'il le faut. Kant dans Qu'est-ce que les lumi&#232;res ? r&#233;pond ainsi &#224; cette question qu'il pose dans le titre de son texte : &#171; c'est la sortie de l'humanit&#233; de sa minorit&#233; &#187;. L'homme majeur, selon l'id&#233;al des lumi&#232;res, c'est l'homme qui a &#171; le courage de se servir de son propre entendement &#187; pour diriger sa propre vie de fa&#231;on raisonnable, c'est-&#224;-dire compatible avec la vie de tous les autres hommes avec qui il coexiste dans un m&#234;me monde et qui, en politique, refuse l'autorit&#233; d'un ma&#238;tre pour ne se soumettre qu'&#224; ce que la raison estime juste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons d'abord vu que l'ob&#233;issance &#224; la loi est n&#233;cessaire comme condition d'une vie humaine. Mais qu'en m&#234;me temps l'exigence d'une vie humaine pouvait conduire &#224; d&#233;sob&#233;ir aux lois effectives au nom de valeurs sup&#233;rieures, ce qui reste de l'ordre de l'ob&#233;issance mais &#224; un autre niveau qu'on peut appeler l'autonomie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La conciliation de ces deux devoirs contradictoires, ob&#233;ir et d&#233;sob&#233;ir, peut se faire dans une organisation d&#233;mocratique o&#249; la politique est bien cette affaire de tous, ce qui permet de concilier permanence et changement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Faut-il avoir peur des machines ?</title>
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		<description>La question peut sembler &#233;trange. Les machines sont cr&#233;&#233;es par et pour l'homme. D&#232;s lors pourquoi en avoir peur ? Pourtant la science-fiction se fait l'&#233;cho de cette peur. Des films comme Matrix ou Terminator d&#233;crivent des futurs o&#249; l'homme est confront&#233; &#224; des machines hostiles. Cette peur existe donc. Mais est-elle l&#233;gitime ? Heideggher estime que la technique, dont sont issues les machines, oublie l'&#234;tre et en cons&#233;quence r&#233;duit l'homme lui-m&#234;me au rang d'outil, d'objet. D'un autre c&#244;t&#233; certains (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question peut sembler &#233;trange. Les machines sont cr&#233;&#233;es par et pour l'homme. D&#232;s lors pourquoi en avoir peur ? Pourtant la science-fiction se fait l'&#233;cho de cette peur. Des films comme Matrix ou Terminator d&#233;crivent des futurs o&#249; l'homme est confront&#233; &#224; des machines hostiles. Cette peur existe donc. Mais est-elle l&#233;gitime ? Heideggher estime que la technique, dont sont issues les machines, oublie l'&#234;tre et en cons&#233;quence r&#233;duit l'homme lui-m&#234;me au rang d'outil, d'objet. D'un autre c&#244;t&#233; certains voient dans le progr&#232;s technique acc&#233;l&#233;r&#233; que nous connaissons depuis deux si&#232;cle la promesse d'un nouvel &#226;ge d'or o&#249; l'homme, lib&#233;r&#233; par les machines des t&#226;ches inint&#233;ressantes et p&#233;nibles, pourra se consacrer &#224; des activit&#233;s plus hautes, plus dignes de lui. Comment comprendre cette opposition ? Certes la machine nous lib&#232;re de ce que nous n'aimons pas faire. Mais pour ce faire, n'a-t-on pas transf&#233;r&#233; &#224; la machine ce que nous n'aimons pas en nous, jusqu'&#224; en faire le symbole de la part mauvaise qui r&#233;side en tout homme ? Nous pouvons donc penser que le probl&#232;me qui se cache derri&#232;re le sujet est : la peur des machines n'est-elle pas la peur de la part obscure de l'homme ? Nous verrons dans un premier temps que la peur des machines est irrationnelle etr ne se justifie pas. Puis nous nous demanderons si cette peur n'est pas l&#233;gitime voire n&#233;cessaire. Enfin nous dirons que la peur des machines peut &#234;tre salutaire si nous prenons conscience que ce que le danger que nous craignons vient en fait de nous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les machines sont cr&#233;&#233;es par l'homme. Elles ont la continuation logique de l'outil. Certes, si l'outil a besoin de l'&#233;nergie humaine pour fonctionner, la machine dispose de sa propre &#233;nergie ind&#233;pendante de l'ouvrier. Mais c'est toujours lui qui commande, qui la met en marche ou l'arr&#234;te. Bergson estime que la fabrication d'outils, plus particuli&#232;rement d'outils pour fabriquer des outils, est l'&#339;uvre propre de l'homme. D&#232;s lors la fabrication de machines est aussi une &#339;uvre propre &#224; l'homme. Elles sont notre &#339;uvre te nous les contr&#244;lons, il n'y a donc pas &#224; les craindre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De plus, si nous fabriquons des machines, c'est pour nous lib&#233;rer des t&#226;ches fastidieuses et r&#233;p&#233;titives. Si nous travaillons, c'est pour vivre. Mais, comme le note Hannah Arendt, c'est une activit&#233; qui nous attache &#224; la nature et m&#234;me, peut-on dire, qui nous y asservis. Le travail, &#224; ce stade vital, ne nous distingue pas des animaux. En nous d&#233;chargeant de cette t&#226;che, les machines nous lib&#232;rent de la nature. Elles d&#233;gagent du temps libre, la skol&#232; des grecs, qui nous permet de nous consacrer &#224; des activit&#233;s proprement humaines : politique, art, philosophie, etc. Loin de craindre les machines, nous devrions plut&#244;t souhaiter leur d&#233;veloppement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Enfin, les machines permettent &#224; l'homme de d&#233;passer ses limitations physiques et naturelles. Gr&#226;ce &#224; l'utilisation d'&#233;nergie autre que la force musculaire, les machines permettent de d&#233;passer nos limitations. Ce faisant, non seulement elles nous lib&#232;rent de la nature, comme nous l'avons vu, mais elles nous permettent de la fa&#231;onner &#224; notre convenance. Nous la transformons ainsi en un monde humain, o&#249; nous pouvons vivre sans craindre l'hostilit&#233; de la nature. Bien plus, les machines nous lib&#232;rent de la Terre m&#234;me. Le d&#233;veloppement de la technique spatiale permet d&#233;j&#224; &#224; des hommes de vivre dans l'espace et d'explorer d'autres mondes. Il devient pour nous envisageable de quitter la Terre et de coloniser de nouveaux mondes, comme jadis le d&#233;veloppement de la marine nous a permis de conqu&#233;rir de nouveaux mondes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cependant le d&#233;passement des limitations humaines ne rec&#232;le-t-elle pas un danger ? La puissance de calcul des ordinateurs actuels et leur mise en r&#233;seau peut faire craindre qu'ils acc&#232;dent un jour &#224; une forme de pens&#233;e sup&#233;rieure &#224; la n&#244;tre et nous assujettissent alors.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si la machine nous lib&#232;re du travail, elle nous en prive aussi. Marx consid&#232;re que c'est le travail qui fait l'homme. En travaillant, l'homme con&#231;oit ce qu'il veut produire, le r&#233;alise en pens&#233;e avant de le r&#233;aliser en fait. Il acc&#232;de alors &#224; la pens&#233;e. Le travail sur la mati&#232;re est aussi un travail sur nous-m&#234;me qui nous transforme, en transformant la nature, en homme. Certes le travail proprement humain que d&#233;crit Marx n'est pas le travail que nous avons en commun avec les animaux. Arendt l'appelle l'&#339;uvre. Mais c'est un fait que la machine nous prend aussi cette activit&#233; et nous rel&#232;gue au rang de simples rouages de son processus de fabrication. C'est alors qu'elle nous ali&#232;ne. C'est ce qu'illustre le film de Charlie Chaplin Les Temps modernes o&#249; l'on voit Chaplin litt&#233;ralement aval&#233; par la machine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si les entreprises remplacent les ouvriers par des robots, c'est que ceux-ci ne poss&#232;dent pas certains caract&#232;res humains qui peuvent nuire &#224; la production. Une machine n'a pas de sentiment. Elle ne ressent pas de fatigue, n'a pas besoin de se reposer. Elle ne r&#233;fl&#233;chie pas non plus, ce qui est un avantage dans des processus automatiques o&#249; la pens&#233;e peut &#234;tre perturbante. En un mot, la machine est inhumaine. L&#224; o&#249; le soldat pourrait h&#233;siter &#224; tirer, voire s'abstenir s'il est face &#224; un civil, le drone tirera sans se poser de question. Ses capteurs d&#233;tecterons l'ennemi le mieux cach&#233; et ne lui laissera aucune chance. La puissance des machines alli&#233;e &#224; leur insensibilit&#233; peut nous les faire craindre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'autant que si la machine est d&#233;pourvue de sentiment, elle l'est de moins en moins de pens&#233;e. Le d&#233;veloppement de l'informatique nous fait entrevoir la possibilit&#233; que les machines acc&#232;dent un jour &#224; la pens&#233;e. ce que des films comme Matrix ou Terminator d&#233;crivent, la domination des hommes par les machines et leur asservissement, ne sera peut-&#234;tre bient&#244;t plus de la science-fiction. Une puissance surhumaine li&#233;e &#224; une intelligence d&#233;pourvue de sentiment, voil&#224; bien quelque chose &#224; craindre. Nous avons d&#233;j&#224; connu dans notre histoire des rationalit&#233;s, techniques, d&#233;pourvue de raisonnabilit&#233;, de morale, car insensibles. Cela a donn&#233; Auschwitz, le Goulag ou Pol Pot. Mais ces rationalit&#233;s &#233;taient humaines au sens o&#249; elles &#233;taient mortelles et limit&#233;es dans leurs puissance. Mais imaginons un Staline ou un Hitler cybern&#233;tique : l'effroi se glisse alors en nous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais ces exemples historiques nous montrent que l'inhumanit&#233;, paradoxalement, n'est pas l'apanage des machines mais se trouve aussi chez l'homme. Ne serait-ce pas que l'homme a mis dans les machines l'inhumanit&#233; qui est en lui ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si l'homme a cr&#233;&#233; la machine pour se lib&#233;rer des t&#226;ches fastidieuses, parce que nous proprement humaines, il a mis en elle ce qui est n&#233;cessaire pour cela : la force brute, l'absence de sentiment. Ce qu'il tient de sa nature animale. Nous n'aimons pas cet aspect de notre nature. Elle nous renvoie &#224; notre animalit&#233; et nous ne la revendiquons pas. Nous pr&#233;f&#233;rons mettre en avant ce qui nous distingue de l'animal : la pens&#233;e, la sensibilit&#233;, etc. D&#232;s lors nous n'avons mis dans les machines que cet aspect obscur en nous r&#233;servant le c&#244;t&#233; lumineux de notre humanit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais alors rien ne vient contrebalancer, dans la machine, la n&#233;gativit&#233; de ce c&#244;t&#233;. Alors que l'homme peut la combattre ou la dompter par son humanit&#233; (ou au contraire l'amplifier), la machine nous repr&#233;sente l'inhumanit&#233; brute. Nous ne pouvons alors nous reconna&#238;tre dans ce que nous avons pourtant cr&#233;&#233;. Nous avons jou&#233; les Frankenstein, mais notre cr&#233;ature est &#233;pouvantable. Nous ne la reconnaissons pas bien qu'elle vienne de nous et, comme dans le roman de Marie Shelley, nous craignons qu'elle ne nous &#233;chappe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette crainte, si elle est compr&#233;hensible, est-elle pour autant l&#233;gitime et peut-elle &#234;tre b&#233;n&#233;fique ? D'un point de vue technique, la machine d&#233;pend de nous. Si la possibilit&#233; qu'elle nous &#233;chappa appara&#238;t r&#233;elle, rien en nous emp&#234;che de ne pas la fabriquer. Mais notre d&#233;sir de puissance et de domination nous entra&#238;ne &#224; produire des machines toujours plus puissantes et perfectionn&#233;es en faisant fi du danger qu'elles peuvent repr&#233;senter pour nous. Ce d&#233;sir de puissance et de domination est aussi un aspect de notre c&#244;t&#233; obscur. D&#232;s lors la crainte des machines est moins une crainte d'un danger qu'elles pourraient repr&#233;senter pour nous qu'un crainte de notre c&#244;t&#233; inhumain.
Cet aspect de notre nature est obscur parce que nous le jugeons n&#233;faste, mais aussi parce que nous refusons souvent de le voir. La machine nous le donnant &#224; voir, nous en arrivons &#224; la craindre. Mais cette crainte est st&#233;rile et m&#234;me n&#233;faste si elle ne d'adresse qu'&#224; la machine, si nous ne prenons pas conscience que le danger n'est ^pas en elle mais en nous. Cette prise de conscience peut nous inciter &#224; approfondir notre humanit&#233;, &#224; transformer nos pulsions n&#233;gatives pour les sublimer en actions positives. Alors cette crainte sera b&#233;n&#233;fique en nous permettant d'&#233;carter le vrai danger.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons vu que les machines, cr&#233;&#233;es par l'homme pour le servir et le d&#233;charger, sont b&#233;n&#233;fiques. Cependant il existe de raisons de les craindre du fait de leur puissance et de leur insensibilit&#233;. Mais ce que nous craignons dans la machine est ce qui nous y avons mis d'obscur de notre nature. La crainte des machines peut-&#234;tre b&#233;n&#233;fique si elle devient la crainte de ce qui est inhumain en nous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Puis-je faire confiance &#224; mes sens ?</title>
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		<description>Mon exp&#233;rience m'apprend &#224; la fois que la vie n'est possible que si je fais instinctivement confiance &#224; mes sens, et quels sens sont la source de nombreuses illusions dont la signification vitale est obscure. Il semble que faire confiance &#224; mes sens soit &#224; la fois n&#233;cessaire et impossible. Si mes sens sont ce que j'ai en moi de plus personnel, puisque mes sens expriment l'&#233;tat de mon corps, et si je ne peux leur faire confiance, mon rapport au monde n'est-il pas toujours illusoire ? Nous (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mon exp&#233;rience m'apprend &#224; la fois que la vie n'est possible que si je fais instinctivement confiance &#224; mes sens, et quels sens sont la source de nombreuses illusions dont la signification vitale est obscure. Il semble que faire confiance &#224; mes sens soit &#224; la fois n&#233;cessaire et impossible. Si mes sens sont ce que j'ai en moi de plus personnel, puisque mes sens expriment l'&#233;tat de mon corps, et si je ne peux leur faire confiance, mon rapport au monde n'est-il pas toujours illusoire ? Nous traiterons ce probl&#232;me en examinant tout d'abord la question de l'illusion des sens ; puis nous verrons que nos sens ne sont pas trompeurs ; enfin nous dirons que la confiance en nos sens est vitale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tous d'abord, il faut reconna&#238;tre comme un fait les nombreuses illusions des sens. L'illusion d'optique nous abuse. Je crois que le b&#226;ton plong&#233; dans l'eau est bris&#233;. Je crois que la tour que je vois au loin est carr&#233;e. Dans l'illusion du membre fant&#244;me, le toucher subsiste sans le corps. On croit sentir quelque chose alors qu'il n'y a rien &#224; sentir. On souffre dans une partie absente du corps. Pour Descartes, le pr&#233;jug&#233; des sens est par excellence le pr&#233;jug&#233; du vide. Il consiste &#224; identifier l'&#234;tre et le sensible, &#224; faire de mes sens la nature de l'&#234;tre. Les sens apparaissent incertains. Une exp&#233;rience semble nous inciter &#224; nous m&#233;fier des sens : si je plonge en m&#234;me temps ma main gauche chaude et ma main droite froide dans une bassine d'eau, l'eau me para&#238;t &#224; la fois chaude et froide. Ma sensation se divise en moi-m&#234;me. Je ne peux en conclure aucune propri&#233;t&#233; objective de l'eau.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est m&#234;me nature d'une impression sensible de n'&#234;tre jamais la m&#234;me. Elle est toujours autre et incommunicable, donc purement priv&#233;e, personnelle. Le froid du vent, ce n'est pas le vent, c'est ma sensation, mon frisson. Cette alt&#233;rit&#233; fait que le langage est impossible. Tu parles de ton vent alors que je parles de mon vent. Nous parlons chacun de notre vent. Comment dans ces conditions pourrais-je avoir confiance en mes sens ? Mes sens m'enferment dans l'instabilit&#233; contingente de ma subjectivit&#233; personnelle. Par mes sens, je n'atteins aucun objet sur lequel on peut &#234;tre d'accord. Il semble qu'il y ait toujours un risque que mes sens me trahissent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'exemple du r&#234;ve souligne l'impossibilit&#233; pour mes sens d'attester la diff&#233;rence entre le r&#234;ve et la veille. Lez r&#234;ve imite illusoirement tout ce qu'on peut sentir dans la veille. C'est un pouvoir de contrefaire le sensible &#224; son maximum. On ne peut pas d&#233;montrer que l'on ne r&#234;ve pas &#224; partir d'une marque sensible, m&#234;me si nous sommes certains de ne pas r&#234;ver. Le r&#234;ve est une puissance qui, &#224; notre insu, imite toutes les impressions sensibles que nous &#233;prouvons &#224; l'&#233;tat de veille. Aucune impression sensible ne peut servir de crit&#232;re pour discerner r&#234;ve et veille. Mes sens ne peuvent m'assurer que ma vie m&#234;me n'est pas un r&#234;ve. L'illusion des sens semble alors totale. Ne dois-je pas chercher dans ma raison et dans ma volont&#233;, qui d&#233;pendent enti&#232;rement de moi, de mon pouvoir, cette confiance n&#233;cessaire pour la connaissance et pour l'action ? Mais comment alors ne pas suspecter la raison de partialit&#233;, de viser un int&#233;r&#234;t qui lui est propre et qui d&#233;passe l'exp&#233;rience ? Or, dans l'exp&#233;rience, c'est ma sensibilit&#233; qui est en jeu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ni les sens ni l'entendement ne sont susceptibles d'erreur. Aucune de ces deux facult&#233;s n'est fausse par elle-m&#234;me. C'est dans le jugement que l'erreur est possible,par l'influence de la sensibilit&#233; sur l'entendement. Lorsque je crois qu'il y a un b&#226;ton bris&#233;, j'ai affaire &#224; ce qui est d&#233;j&#224; jug&#233; au lieu d'avoir affaire un donn&#233;. Je crois &#224; tort qu'il y a du donn&#233;. Il faut donc distinguer perception et sensation. La sensation est une pr&#233;sence imm&#233;diate et r&#233;ellement &#233;prouv&#233;e. La perception est d&#233;j&#224; une forme de jugement, elle implique une anticipation sur la mani&#232;re dont les choses se pr&#233;sentent &#224; moi.
Un b&#226;ton qui m'appara&#238;t bris&#233; dans l'eau n'est-il pas un semblant, un simulacre qui induit dans notre pens&#233;e une fausse croyance ? Il appara&#238;t droit si je le sors de l'eau. Mais c'est &#224; chaque fois un ph&#233;nom&#232;ne qui appara&#238;t. De quel droit un ph&#233;nom&#232;ne serait-il plus r&#233;el qu'un autre ? Afin de juger si le b&#226;ton dans l'eau est bris&#233;, il suffit de le toucher. Si nous sortons le b&#226;ton de l'eau, il y a accord entre le toucher et la vue. Pourquoi le toucher est-il plus cr&#233;dible que la vue ? Les ph&#233;nom&#232;nes sont toujours relatifs. Le jugement par lequel nous jugeons un ph&#233;nom&#232;ne plus proche de la v&#233;rit&#233; qu'un autre ne peut donc se rapporter &#224; des ph&#233;nom&#232;nes. Le crit&#232;re de ce jugement doit &#234;tre infaillible, il ne doit pas provenir des ph&#233;nom&#232;nes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si la pens&#233;e &#233;tait imm&#233;diate, nous ne serions pas le sujet d'une illusion sensible. L'illusion sensible consiste &#224; prendre la forme sensible du signe pour une image caract&#233;ristique de la v&#233;rit&#233;. Or la v&#233;rit&#233; est irr&#233;ductible &#224; quelque image que ce soit. Mais la perception ne nous permet d'agir et de nous conduire dans le monde que lorsque nous suppl&#233;ons aux sensations pr&#233;sentes par celles qui vont venir. En effet, si nous nous en tenions &#224; ce qui appara&#238;t, &#224; l'imm&#233;diat, nous ne percevrions que des parties, des aspects de la chose et ne pourrions conjecturer. L'abstraction est n&#233;cessaire &#224; la distinction des ph&#233;nom&#232;nes. La pens&#233;e est toujours li&#233;e au ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D&#232;s lors, plut&#244;t qu'&#224; une illusion, nous avons affaire &#224; une apparence. La possibilit&#233; de l'apparence sensible na&#238;t du fait que nous ne nous contentons pas des apparitions. Nous recourons &#224; des signes qui rendent possible une interpr&#233;tation fausse. l'apparence s'oppose &#224; l'erreur en ce sens qu'elle ne cesse pas. Elle se pr&#233; &#187;sente &#224; moi en permanence. L'apparence n'est pas supprim&#233;e parle fait qu'elle est connue comme apparence. L'astronome continue de voir le soleil comme s'il &#233;tait en mouvement. L'apparence subsiste,persiste alors m&#234;me que je sais que c'est un reflet. C'est la diversit&#233; sensible qui la rend possible. Mais mes sens pris en eux-m&#234;mes ne me trompent pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La sensation est la conscience de l'apparence sensible. C'est un savoir vrai. Il est vrai que je ressens telle ou telle impression. L'&#233;v&#232;nement d'appara&#238;tre de la sensation est vrai. On est soi-m&#234;me ce que l'on sent. On ne peut accuser la sensation d'&#234;tre en elle-m&#234;me mensong&#232;re. La sensation est toujours vraie, dit &#201;picure. La sensation est tout ce qu'elle appara&#238;t, c'est quelque chose de l'ordre du savoir. On ne peut l&#233;gif&#233;rer sur les impressions d'autrui. Tout ce que les hommes croient quant &#224; ce qui leur appara&#238;t est vrai, selon la th&#232;se de Protagoras que Platon d&#233;veloppe dans le Th&#233;&#233;t&#232;te.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On ne peut nier la certitude du sensible qui est en chacun. Il y a un caract&#232;re infaillible de la sensation. Mais le savoir porte seulement sur un ph&#233;nom&#232;ne relatif, passager. C'est en ce sens, et par le caract&#232;re subjectif de la sensation, que la sensation n'est pas une science. Il n'y a en effet science que du n&#233;cessaire. Mes sens sont &#233;trangers &#224; l'erreur et &#224; la v&#233;rit&#233;. Nous pouvons maintenant essayer de d&#233;terminer leur puissance et de fonder la confiance que je peux avoir en eux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La nature n'a pas d'intention, elle ne peut &#234;tre responsable de mes erreurs. Nos sens sont innocents. Par eux j'ai affaire &#224; la r&#233;alit&#233;, non &#224; la v&#233;rit&#233;. La sensation est l'&#233;tat pr&#233;sent de mon corps. C'est la mani&#232;re dont les choses ext&#233;rieures &#224; nous affectent notre corps. Si nous n'avions pas confiance en nos sens, nous ne pourrions pas vivre. Lorsque je me br&#251;le la main, je retire imm&#233;diatement, instinctivement ma main de la source de chaleur. Si nous n'&#233;tions pas certains d'avoir soif ou faim, nous mourrions rapidement. Mais si mes sens aident simplement &#224; la conservation de la vie, en quoi cela n&#233;cessite-t-il r&#233;ellement une confiance, qui par nature porte sur l'avenir, sur quelque chose qui d&#233;passe le donn&#233; et qui l'enrichit ? La confiance est le pr&#233;suppos&#233; de l'action.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rousseau a montr&#233; au livre II de l'&#201;mile que le rapport de mes sens au monde est actif et non purement passif, r&#233;ceptif. Mes sens ne sont pas donn&#233;s tels quels. Ils font l'objet d'une exp&#233;rience, d'un apprentissage. Le toucher est par exemple ce qui nous plonge directement dans l'exp&#233;rience de l'effort et nous instruit sur la solidit&#233; et la n&#233;cessit&#233; du monde.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On peut m&#234;me &#233;voquer une gradation des sens selon la confiance qu'on place en eux. Les romains, par exemple, accordaient un privil&#232;ge &#224; l'ou&#239;e sur la vue. En mati&#232;re de justice, il faut plut&#244;t entendre que voir. Le fait qu'un t&#233;moin ait &#233;t&#233; invisible signifie qu'il n'est pas partie prenante, qu'il est au-dessus de la m&#234;l&#233;e. Cela lui donne le pouvoir de trancher de mani&#232;re souveraine. Cela lui conf&#232;re le droit d'&#234;tre juste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On peut aussi penser &#224; l'artiste qui place toute sa confiance, c'est-&#224;-dire tous ses espoirs, dans le pouvoir des sens. Mes sens ne me servent pas seulement &#224; la conservation de la vie, mais aussi &#224; son intensification, dans sa spiritualisation. L'artiste tente d'accro&#238;tre sa sensibilit&#233; de fa&#231;on lucide et patiente. L'&#233;ducation des sens est d&#233;multiplication m&#233;thodique de leur puissance. L'artiste se livre &#224; des exp&#233;riences, &#224; des tentatives, pour d&#233;couvrir la puissance des sens. On peut &#233;voquer par exemple l'usage de la mescaline par Henri Michaux. C'est ce que souligne Rimbaud dans une sorte de lettre-manifeste po&#233;tique : &#171; le po&#232;te se fait voyant par un long, immense et raisonn&#233; d&#233;r&#232;glement de tous les sens &#187; (Lettre &#224; Paul Demeny, mai 1871.)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Non seulement la confiance en mes sens est possible, mais elle est m&#234;me n&#233;cessaire au sens o&#249; elle accro&#238;t mon activit&#233; dans le monde. C'est par mes sens et mon corps que je suis ouvert au monde et que je ne me heurte pas &#224; lui comme &#224; quelque chose d'ext&#233;rieur. Faire confiance &#224; mes sens ne signifie pas que j'en fasse des instruments de science. Mais a pens&#233;e d&#233;pend d'un &#233;v&#233;nement, d'une &#233;preuve corporelle .La pens&#233;e n'est pas d&#233;sincarn&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'action politique doit-elle &#234;tre guid&#233;e par la connaissance de l'histoire ?</title>
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		<description>&#171; Pour quelle &#233;trange raison, souligne Chesterton, il a toujours fallu que l'homme aille planter son verger dans un cimeti&#232;re ? Ce n'est que parmi les morts que l'homme peut trouver la vie. &#187; Conna&#238;tre son pass&#233; est une donn&#233;e essentielle pour aller de l'avant, construire une soci&#233;t&#233;, une civilisation. Les m&#233;tropoles sont des n&#233;cropoles. L'homme, de part le cogito, d&#233;tient la conscience du temps : pass&#233;, pr&#233;sent et avenir. L'histoire est pour l'homme, et pour la soci&#233;t&#233; dans laquelle il &#233;volue, un moyen (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Pour quelle &#233;trange raison, souligne Chesterton, il a toujours fallu que l'homme aille planter son verger dans un cimeti&#232;re ? Ce n'est que parmi les morts que l'homme peut trouver la vie. &#187; Conna&#238;tre son pass&#233; est une donn&#233;e essentielle pour aller de l'avant, construire une soci&#233;t&#233;, une civilisation. Les m&#233;tropoles sont des n&#233;cropoles. L'homme, de part le cogito, d&#233;tient la conscience du temps : pass&#233;, pr&#233;sent et avenir. L'histoire est pour l'homme, et pour la soci&#233;t&#233; dans laquelle il &#233;volue, un moyen de se rassembler ; elle fait lien social, elle est la base de toute nation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aristote dira de l'homme qu'il est un &#171; animal politique &#187;. Il fait et doit faire des choix et &#234;tre capable, depart sa raison, de juger. Or c'est dans cette approche que la question de la connaissance historique est importante. L'homme doit-il faire ses choix par rapport &#224; la connaissance qu'il a de l'histoire ? L'action politique doit-elle &#234;tre envisag&#233;e en ter me de connaissance historique ? Ou bien cette connaissance doit-elle jouer le r&#244;le de guide pour l'action pollitique ? Les choix du pr&#233;sent sont-ils de simples reproductions ou adaptations des choix du pass&#233; ? L'homme doit-il borner son action &#224; l'&#233;tendue de sa connaissance historique ou doit-il passer outre les le&#231;ons du pass&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Afin de nous interroger pour savoir si l'action politique doit &#234;tre guid&#233;e par la connaissance de l'histoire, nous verrons pourquoi cette connaissance doit guider l'action politique. Nous analyserons ensuite les raisons qui tendent &#224; nous faire penser que l'action politique ne doit pas &#234;tre guid&#233;e par la connaissance historique. Enfin nous verrons que le terme &#171; guid&#233; &#187; est contraignant, qu'en fait l'action politique doit &#234;tre &#171; &#233;clair&#233;e &#187; par la connaissance historique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le pass&#233; et sa connaissance ou &#233;tude sont les composantes de l'histoire. La connaissance de l'histoire doit servir de guide &#224; l'action politique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En effet, faire de la politique, c'est faire des choix. Ces choix doivent tenir compte du pass&#233;, de l'histoire de la civilisation dans laquelle ils sont fait. L'histoire et sa connaissance sont les socles de toute action politique. L'action politique implique l'existence d'un &#201;tat, comme entit&#233; d&#233;tentrice du pouvoir. Or si soci&#233;t&#233; n'implique pas &#201;tat, &#201;tat implique indubitablement soci&#233;t&#233; sur laquelle s'exerce le pouvoir. Or, pour qu'il y ait une soci&#233;t&#233;, il faut que des individus se rassemblent autour de valeurs communes, forg&#233;es par un pass&#233; commun. Aucune civilisation ne peut se pr&#233;valoir de vivre sans la connaissance de son pass&#233;, de ses origines, de son histoire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'histoire fait lien social. Elle permet aux individus d'une communaut&#233; de se retrouver sur ds valeurs communes, permet de vivre ensemble. Le lien social rend les individus interd&#233;pendants, entre eux, mais aussi vis-&#224;-vis de l'organisation politique, qui est certes pl&#233;biscite de tous les jours, comme le dit Renan, mais aussi la r&#233;sultante de l'histoire. D&#232;s lors la prise en compte de cette histoire est indispensable &#224; l'action politique, elle doit la guider. Ce n'est qu'&#224; ctte condition que l'action sera conforme &#224; l'essence profonde de la nation. Cette filiation de l'action politique avec l'histoire est ce qui la l&#233;gitime, au regard des citoyens pr&#233;sents, pass&#233;s et &#224; venir. La connaissance historique est aussi ce qui permet d'&#233;viter de faire des choix absurdes, contraires aux valeurs d'une soci&#233;t&#233;. Auquel cas la l&#233;gitimit&#233; de l'&#201;tat ne durerait pas longtemps. C'est ce que Nicolas Machiavel appelle la &#171; virt&#249;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De plus l'histoire est aussi un r&#233;servoir d'exemples. Exemples d'erreurs et de r&#233;ussites. Se laisser guider par elle permet au Prince, &#224; l'&#201;tat, de ne pas reproduire ces erreurs et de tirer profit des bonheurs que le pays a connu pour tenter de les retrouver. L'histoire est alors le laboratoire du politique sans lequel il serait aveugle. En parodiant Platon, nous pourrions dire &#171; Que nul n'entre dans les palais de l'&#201;tat s'il n'est pas historien. &#187; Ainsi, l'exemple du trait&#233; de Munich doit &#234;tre &#224; l'esprit du politique lorsqu'il doit n&#233;gocier avec des dictateurs. Face &#224; Hitler, les dirigeants et les peuples occidentaux pr&#233;f&#233;r&#232;rent le d&#233;shonneur de trahir leur engagement vis-&#224;-vis de leurs alli&#233;s attaqu&#233;s par le F&#252;hrer plut&#244;t que la guerre. Selon le mot d'un historien, ils eurent l'un et l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant certains estiment que l'action politique ne doit pas &#234;tre guid&#233;e par l'histoire. Celle-l&#224; s'accomplit dans le temps pr&#233;sent, celle-ci est r&#233;volue. Celle-ci est enti&#232;rement tourn&#233;e vers le pass&#233;, celle-l&#224; vise l'avenir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les moeurs, la culture, la configuration g&#233;opolitique sont en perp&#233;tuel changement. Les choix politiques sont fait &#224; un moment donn&#233;, dans un contexte donn&#233;, pour des questions nouvelles. Il appara&#238;t donc absurde de demander au pass&#233; des solutions &#224; des probl&#232;mes qu'il n'a jamais connu. Les choix du pass&#233; ne peuvent &#234;tre mis en oeuvre au temps pr&#233;sent pour la simple raison qu'ils sont pass&#233;s. Ce qui importe dans les actions politiques, c'est leur pertinence, leur capacit&#233; &#224; r&#233;pondre &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Et l'histoire, de ce point de vue, est de peu de secours.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le sens m&#234;me de &#171; histoire &#187; est &#224; interroger pour r&#233;soudre la contradiction. L'histoire n'est pas une science exacte. Pour Shakespaere, elle est un &#171; conte plein de bruit et de fureur racont&#233; par des idiots. &#187; Si on le suit, on ne peut se fier &#224; un tel guide. Sans &#234;tre aussi pessimiste, relevons que l'histoire n'est pas le pass&#233;, mais un r&#233;cit sur celui-ci. Ce r&#233;cit est le fait d'historiens, pr&#233;sents, dont la part de subjectivit&#233; dans le r&#233;cit est importante. Ce r&#233;cit varie non seulement en fonction des historiens, mais aussi des d&#233;couvertes (archives, traces arch&#233;ologiques, etc.). Plus fondamentalement, les historiens se soucient peu que l'histoire serve au politique. Celui-ci s'est souvent servi de l'histoire &#224; des fins politiques. Il n'est qu'a penser &#224; l'asservissement de l'histoire dans l'ancienne URSS pour comprendre que les historiens sont soucieux de leur ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du politique. Les r&#233;cents d&#233;bats sur ce qu'on appelle les lois m&#233;morielles en France rappellent que cet asservissement est toujours possible, m&#234;me en d&#233;mocratie, et redout&#233;. Le but de l'histoire n'est pas de guider le politique, mais de conna&#238;tre le pass&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comment trancher d&#232;s lors entre une action politique guid&#233;e par l'histoire, au risque de scl&#233;rose, et une politique amn&#233;sique reproduisant sans cesse les m&#234;mes tropismes ? Nous avons compar&#233; l'histoire &#224; un laboratoire pour la politique. Mais cette m&#233;taphore n'est pas exacte. On ne fait pas d'exp&#233;rience en histoire, pas plus qu'en politique. Du moins ce sont des exp&#233;riences d&#233;sastreuses, des utopies que l'on veut r&#233;aliser et qui se transforment immanquablement en totalitarisme sanglant. Il y a cependant pour le politique un moyen de prendre des le&#231;ons de l'histoire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Hannah Arendt estime que l'une des conditions humaine est la condition de natalit&#233;. Elle entend par l&#224; que chaque naissance humaine est grosse de nouveaut&#233;, de choses jamais vue auparavant. C'est ce qui fait qu'on ne peut jamais se fier aveugl&#233;ment &#224; l'histoire, ce qui s'est produit est unique, ne se r&#233;p&#232;te pas. C'est un signe de la nature libre de l'homme. Cependant, malgr&#233; cette libert&#233; inh&#233;rente &#224; l'homme, il existe des sciences humaines. Leur possibilit&#233; m&#234;me suppose que les hommes agissent habituellement de fa&#231;on d&#233;termin&#233;e. L'homme est en m&#234;me temps libre et d&#233;termin&#233;, c'est une des apories de la raison pure de Kant. Pour reprendre les concepts de Arendt, si l'homme d&#233;termine ses conditions de vie, il est en m&#234;me temps d&#233;termin&#233; par elles. Ou, si l'on aime les paradoxes, l'homme est librement d&#233;termin&#233;. Il est donc possible, par l'&#233;tude de l'histoire, non de refaire ce qui a &#233;t&#233;, mais de conna&#238;tre la condition humaine, sa nature si l'on pr&#233;f&#232;re, de fa&#231;on &#224; agir pour aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si par politique on entend seulement gestion de la soci&#233;t&#233;, ou son administration, on pourrait se contenter de la sociologie et des habitudes. Mais la grandeur du politique est de ne pas seulement g&#233;rer mais d'agir. Non pas refaire le m&#234;me mais innover en vue du mieux. L'histoire, pour le politique, n'est pas tellement un r&#233;servoir d'exemples &#224; suivre ou &#224; ne pas suivre, elle est surtout une inspiratrice. C'est en consid&#233;rant les actions des hommes du pass&#233;, qui ont innov&#233;, que le politique d'aujourd'hui peut puiser l'encouragement et l'inspiration pour d&#233;passer les habitudes et cr&#233;er du neuf. Plut&#244;t que la repentance, consid&#233;rer la grandeur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'histoire ne manque pas de ces nouveaut&#233;s surgissant sans que rien ne les annonce : naissance du christianisme, pr&#233;dication de Mahomet, lib&#233;ration d'Orl&#233;ans par Jeanne d'Arc, r&#233;volution fran&#231;aise, etc. Ce que l'histoire nous apprend, ce n'est pas que le m&#234;me se reproduit, mais que l'inattendu se produit. Elle peut aussi bien sur fournir des exemples de situations analogues &#224; celles pr&#233;sentes, et il est toujours possible de tenter de r&#233;utiliser les recettes pass&#233;es. Mais alors il ne s'agit plus de politique au sens noble du terme, d'action pour l'avenir, mais de gestion de la maison, d'&#233;conomie au sens &#233;tymologique, ce qu'Aristote d&#233;j&#224;, dans La politique distinguait nettement de la politique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons vu qu'il y a des arguments en faveur de l'histoire comme guide du politique comme en sa d&#233;faveur. La solution &#224; cette contraction est dans la distinction entre la simple gestion de la soci&#233;t&#233; et la politique et dans la consid&#233;ration de l'histoire non comme exemples &#224; suivre mais comme inspiratrice de la nouveaut&#233;. Si l'histoire est utile au politique, c'est dans cette incitation &#224; aller de l'avant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Peut-on dire d'un acte qu'il est inhumain ?</title>
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		<description>Si un acte n'est tel que s'il suppose qu'un homme en soit l'auteur en tant qu'il proc&#232;de d'une volont&#233; libre, alors il ne peut &#234;tre dit inhumain. Mais l'inhumanit&#233; de l'homme ne peut se rencontrer ni dans ses instincts ni dans ses passions. On peut d&#232;s lors se demander comment on peut parler d'inhumanit&#233;, si l'homme peut se r&#233;v&#233;ler inhumain. Si l'inhumanit&#233; se r&#233;v&#232;le au fond de notre humanit&#233; en quel sens y a-t-il inhumanit&#233; ? Le probl&#232;me qui se pose &#224; nous est alors le suivant : de quel crit&#232;re de l'humanit&#233; (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si un acte n'est tel que s'il suppose qu'un homme en soit l'auteur en tant qu'il proc&#232;de d'une volont&#233; libre, alors il ne peut &#234;tre dit inhumain. Mais l'inhumanit&#233; de l'homme ne peut se rencontrer ni dans ses instincts ni dans ses passions. On peut d&#232;s lors se demander comment on peut parler d'inhumanit&#233;, si l'homme peut se r&#233;v&#233;ler inhumain. Si l'inhumanit&#233; se r&#233;v&#232;le au fond de notre humanit&#233; en quel sens y a-t-il inhumanit&#233; ? Le probl&#232;me qui se pose &#224; nous est alors le suivant : de quel crit&#232;re de l'humanit&#233; disposons-nous pour d&#233;cider si un acte peut &#234;tre dit inhumain ? Nous dirons dans un premier temps que tout acte est d'ordre humain. Puis nous verrons que les actes inhumains sont des faits qui sont d&#233;nonc&#233;s comme tels. Enfin nous montrerons que l'on peut dire qu'il y a des actes inhumains.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'abord, derri&#232;re un acte inhumain, n'y a-t-il pas un d&#233;sir humain, des intentions humaines, des forces humaines ? Si un acte a &#233;t&#233; effectu&#233; par un homme, c'est qu'il a &#233;t&#233; possible. En ce sens, c'est un acte humain, qui est &#224; la mesure des capacit&#233;s humaines. Si l'inhumanit&#233; consiste &#224; vouloir quelque chose qui d&#233;passe les forces humaines et qui donc demeure une simple possibilit&#233;, alors elle demeure une intention qui jamais ne peut &#234;tre actualis&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ensuite, selon quel crit&#232;re peut-on dire qu'un acte est humain ? Dire qu'un acte est inhumain suppose une d&#233;finition de l'homme qui rejette certaines conduites en dehors de la notion d'humanit&#233;. Or une telle d&#233;finition nous est inconnue. D&#233;finir l'homme, c'est r&#233;duire l'homme &#224; une chose, condamner sa dimension morale. L'existence humaine est morale au sens o&#249; elle ne se r&#233;duit pas &#224; l'&#234;tre donn&#233; d'une essence. Toute d&#233;finition de l'homme est inhumaine. La nature humaine est ouverte, puissance d'invention : l'homme est puissance de possibles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il semble donc que nous &#233;chouons &#224; pouvoir dire qu'un acte est inhumain. Mais si nous ne pouvons dire qu'un acte est inhumain, n'est-ce pas parce que les mots nous manquent devant l'horreur et l'atrocit&#233; de l'acte inhumain ? L'indicible, c'est l'inexprimable, ce dont nous ne soutenons pas le regard et qui ne se laisse pas d&#233;crire. C'est peut &#234;tre ce qui a amen&#233; Ludwig WITTGENSTEIN, qui a connu les tranch&#233;es de la premi&#232;re guerre mondiale, a &#233;crire &#224; la fin de son Tractatus Logico Philosophicus &#171; Ce dont on ne peut parler, il faut le taire &#187;. L&#224; o&#249; l'homme vacille, on ne peut plus rien dire,parce que c'est impensable moralement et non apparemment d&#233;sirable. On ne saurait donner &#224; l'indicible un aspect, une image, une id&#233;e. L'id&#233;e d'inhumanit&#233; est une id&#233;e que nul ne saurait avoir ou penser. Nous n'arrivons pas &#224; l'envisager et encore moins &#224; la justifier. Mais si nous &#233;chouons &#224; pouvoir dire qu'un acte est inhumain, c'est qu'en un sens nous pr&#233;supposons l'existence d'un tel acte, et au moins l'indignation morale qu'il suscite. Il faut donc commencer par comprendre pourquoi nous nous indignons devant l'acte inhumain.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut examiner la mani&#232;re dont un acte est v&#233;cu et re&#231;u comme inhumain. Un acte inhumain est un acte qui provoque une indignation morale parce qu'il nie l'humanit&#233;, parce qu'il traite l'homme exclusivement comme une chose, comme un moyen. L'inhumanit&#233; met en cause notre dignit&#233; d'homme. Les crimes contre l'humanit&#233; ou la s&#233;lection g&#233;n&#233;tique, par exemple, sont inhumains en tant que d&#233;terminations scientifiques et techniques de l'homme. Ils r&#233;sultent de la volont&#233; d'organiser une soci&#233;t&#233; o&#249; tous les hommes seraient les m&#234;mes sans pouvoir &#234;tre eux-m&#234;mes, avec leur part de diff&#233;rence. C'est la construction d'un homme calculable et fonctionnel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'acte inhumain semble consister &#224; faire le mal le plus horrible. Mais le mal n'appara&#238;t-il pas au contraire comme ce qu'il y a de plus humain ? Le mal t&#233;moigne en effet de la faiblesse en l'homme, de sa tendance &#224; faire pr&#233;valoir sa sensibilit&#233; sur le respect de la loi morale. C'est l'&#233;tat le plus ordinaire en un sens de l'humanit&#233;. D&#232;s lors, comment peut-on dire qu'un acte est inhumain si le mal ne suffit pas &#224; qualifier l'inhumanit&#233; . Mais un acte unique et isol&#233; peut-il &#234;tre dit inhumain ? Ce qui est inhumain, c'est plut&#244;t un ensemble d'actes : des actes rationalis&#233;s, m&#233;thodiquement organis&#233;s, froids. Ce qui est inhumain n'est pas tant le mal que la rationalit&#233; m&#233;thodique du mal. Aucun homme n'est &#224; l'abri du mal. L'inhumain est alors dans la technique du mal.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a des actes inhumains au sens o&#249; l'inhumanit&#233; pr&#233;suppose notre libert&#233; et la pr&#233;sence de la raison en l'homme. L'inhumanit&#233; n'est pas v&#233;ritablement une chute, une d&#233;ch&#233;ance de notre humanit&#233;. Seul un homme peut &#234;tre inhumain, en tant qu'il fait un mauvais usage de sa raison, mais non en tant qu'il n'aurait plus sa raison. L'inhumanit&#233; est plus l'utopie que la barbarie. C'est une tentative pour d&#233;passer la condition humaine. Les r&#233;gimes totalitaires veulent tous faire des hommes nouveaux, meilleurs ou sup&#233;rieurs &#224; une humanit&#233; actuelle suppos&#233;e d&#233;pass&#233;e. Et, pour cela, produisent tous des actes inhumains. L'inhumanit&#233; est dans l'absence de piti&#233; face aux faiblesses, aux imperfections humaines. Un acte inhumain diminue la part de contingence, de sensibilit&#233; en l'homme. Or, il faut penser l'humain plut&#244;t par rapport au divin pour d&#233;couvrir dans l'humanit&#233; ce qu'elle comporte de faiblesse. C'est cette faiblesse qui caract&#233;rise l'humain. Remarquons incidemment que tous les r&#233;gimes totalitaires sont ou ath&#233;es et combattent toute religion, ou religieux mais exigeant des citoyens qu'ils soient tous des saints.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais le danger dans le fait de dire qu'un acte est inhumain n'est-il pas de rejeter un homme de l'humanit&#233;, d'exclure l'homme de l'humanit&#233; ? L'inhumanit&#233; n'est-elle pas relative selon les peuples, comme l'affirme L&#201;VI-STRAUSS dans Race et Histoire ? Ne tombons-nous pas alors dans une sorte de relativisme o&#249; tout serait permis au nom de la diff&#233;rence ? On doit pourtant r&#233;pondre des crimes contre l&#8216;humanit&#233; parce qu'ils sont l'&#339;uvre d'une r&#233;solution, parce qu'ils sont m&#233;thodiquement pr&#233;par&#233;s et r&#233;alis&#233;s. L'inhumanit&#233; n'est pas la folie. Un g&#233;nocide est un acte inhumain parce qu'il est r&#233;p&#233;t&#233;, organis&#233;, rationalis&#233;. Il est donc l&#233;gitime de dire qu'un acte est inhumain au sens o&#249; on doit en r&#233;pondre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'acte inhumain est celui par lequel on veut changer non plus tel homme mais la nature humaine en g&#233;n&#233;ral. C'est ne plus tol&#233;rer aucune faiblesse en l'homme, vouloir que le mal, que les passions disparaissent. C'est vouloir quelque chose qui d&#233;passe les moyens et les forces humaines. L'humanit&#233; est un id&#233;al, une exigence qui transcende les hommes mais qui est de la responsabilit&#233; de chaque personne, et qui n'interdit pas qu'on puisse parler d'inhumanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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